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Une boule molle est apparue à la pointe du coude, parfois du jour au lendemain, souvent sans douleur. Elle bouge un peu sous les doigts et on peut la comprimer. C'est un hygroma du coude, que les médecins appellent aussi bursite olécrânienne. Dans la grande majorité des cas, ce n'est qu'une petite poche de liquide qui finit par se calmer. Il y a pourtant une question qu'on ne doit jamais oublier : est-ce que cette poche est infectée ?
Une petite poche qui se remplit
Juste sous la peau de la pointe du coude, sur l'os qu'on appelle l'olécrâne, se trouve une bourse séreuse. C'est un petit sac aplati, normalement presque vide, qui aide la peau à glisser sur l'os quand on plie et déplie le bras. On ne le sent pas. Quand il s'enflamme, il se remplit de liquide et devient une boule visible : c'est l'hygroma1,2.
La position de cette bourse, juste sous une peau fine et sur une zone d'appui, explique pourquoi elle est si souvent touchée. Les anciens noms le disent bien : « coude du mineur », « coude de l'étudiant ». L'appui répété sur un bureau, un établi ou un accoudoir suffit souvent. Un choc direct, une chute sur le coude, une petite plaie peuvent aussi la déclencher1,3.
Trois grandes causes
- Les microtraumatismes et les chocs : c'est de loin la cause la plus fréquente. La bourse réagit à la pression en produisant du liquide, sans infection1,2.
- L'infection : une bactérie entre par une écorchure, parfois invisible, et colonise la bourse. Les recommandations françaises de 2023 estiment qu'environ un tiers des bursites inflammatoires sont septiques, le plus souvent dues au staphylocoque doré4,1.
- Les maladies inflammatoires et la goutte : des cristaux d'acide urique peuvent se déposer dans la bourse et la faire gonfler. La polyarthrite rhumatoïde peut aussi être en cause1,3.
Infecté ou pas : la vraie question
Un hygroma simple est souvent indolore ou peu douloureux, la peau garde sa couleur ou rosit à peine, le coude bouge normalement et il n'y a pas de fièvre. Un hygroma infecté est en général plus douloureux, la peau devient rouge et chaude, et la rougeur peut déborder sur l'avant-bras. Une écorchure récente sur le coude est un argument de plus4,2.
Ces signes orientent, mais aucun n'est parfait : la fièvre manque souvent, et une bursite goutteuse peut être aussi rouge et chaude qu'une infection. Quand le doute persiste, la ponction est l'examen qui tranche4,1.
Le coude qui bouge parfaitement mais qui porte une poche rouge, c'est presque toujours la bourse, pas l'articulation. À l'inverse, si le patient ne peut plus plier ou tendre le bras, je regarde de près l'articulation elle-même : l'arthrite septique du coude est une autre histoire, plus grave.
Le point de vue du radiologueCe que montre l'imagerie
L'hygroma se diagnostique d'abord à l'examen. L'imagerie sert à préciser une situation douteuse et à guider un geste ; les recommandations françaises de 2023 lui consacrent d'ailleurs une partie importante, avec la ponction4.
L'échographiec'est l'examen le plus simple et le plus utile. Elle montre une poche de liquide juste sous la peau, en arrière de l'olécrâne, parfois avec des dépôts ou des cloisons à l'intérieur, et une paroi plus ou moins épaissie. Au Doppler, la paroi peut être très vascularisée. Elle permet de distinguer la bursite d'une simple infiltration de la peau, d'un nodule rhumatoïde, d'un tophus goutteux ou d'un lipome, et surtout de guider l'aiguille si une ponction est nécessaire1,5. Elle ne permet pas, à elle seule, d'affirmer ou d'éliminer l'infection.
La radiographieelle n'est pas obligatoire, mais elle rend service après une chute (fracture de l'olécrâne), pour repérer un corps étranger, un éperon osseux à la pointe du coude ou des calcifications évocatrices de goutte1,5.
L'IRMelle est rarement nécessaire. Une étude publiée dans l'American Journal of Roentgenology sur 35 patients a montré que les signes IRM des bursites septiques et non septiques se chevauchaient largement, sans différence significative ; en revanche, l'absence de prise de contraste de la bourse et des tissus voisins rendait une infection très peu probable6. Une paroi épaisse et irrégulière qui se rehausse, ou un trajet vers la peau, font au contraire penser à une infection7.
bursite inflammatoire est d'origine infectieuse selon les recommandations françaises de 20234
patients dans l'étude IRM de référence : l'absence de rehaussement rendait l'infection très improbable6
patients dans un essai randomisé comparant trois traitements de l'hygroma non infecté8
La ponction : quand, et pour quoi faire
On ponctionne quand on soupçonne une infection, ou quand on ne sait pas. Le médecin retire du liquide avec une aiguille, de préférence sous échographie, en évitant de passer à travers une peau infectée. Le liquide est analysé au laboratoire : nombre de globules blancs, recherche de bactéries et mise en culture, et recherche de cristaux pour ne pas méconnaître une goutte4,1.
L'aspect du liquide donne déjà une idée : clair et jaune citrin dans l'hygroma mécanique, trouble ou franchement purulent en cas d'infection, parfois teinté de sang après un choc1,2.
Le traitement
L'hygroma non infectéil guérit le plus souvent avec des mesures simples : supprimer l'appui sur le coude, protéger la zone, parfois un bandage compressif et un anti-inflammatoire pendant quelques jours2,9. Dans un essai randomisé de 90 patients, Kim et collaborateurs ont comparé la compression associée à un anti-inflammatoire, la ponction seule et la ponction suivie d'une infiltration de corticoïde : le taux de guérison à quatre semaines était comparable, la guérison simplement plus rapide après infiltration8. Les revues de la littérature rappellent toutefois que l'infiltration expose à des complications, notamment infection et amincissement de la peau, ce qui incite à la réserver aux formes qui traînent9,2.
L'hygroma infectéil nécessite des antibiotiques actifs sur le staphylocoque, souvent par la bouche dans les formes simples prises tôt, par perfusion et à l'hôpital dans les formes sévères ou chez les patients fragiles. Des ponctions répétées peuvent être utiles pour vider la bourse. La durée et le choix des antibiotiques sont précisés par les recommandations françaises de 20234,9.
La chirurgiel'ablation de la bourse (bursectomie) est réservée aux échecs : infection qui ne cède pas, hygroma qui récidive malgré un traitement bien conduit, ou gêne persistante. Elle expose à des difficultés de cicatrisation, la peau étant fine à cet endroit4,2,9.
L'hygroma du coude est une bourse séreuse remplie de liquide à la pointe du coude, le plus souvent liée à l'appui ou à un choc, et qui guérit en général avec du repos et de la protection. Un coude rouge, chaud et douloureux doit faire penser à une infection : c'est la ponction, souvent guidée par l'échographie, qui permet de trancher.
Références
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- Darrieutort-Laffite C., Coiffier G., Aïm F. et al., groupe de travail infections ostéo-articulaires de la Société française de rhumatologie — Recommandations françaises 2023 pour le diagnostic et la prise en charge des bursites septiques prépatellaires et olécraniennes. Revue du rhumatisme, 2024 (version anglaise : Joint Bone Spine, 2024).
- Radiopaedia — Olecranon bursitis. Radiopaedia.org, article de référence.
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- Sayegh E.T., Strauch R.J. — Treatment of olecranon bursitis: a systematic review. Archives of Orthopaedic and Trauma Surgery, 2014 ; 134(11) : 1517-1536.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Article rédigé le 2 octobre 2026 · Révisé et mis à jour le 2 octobre 2026 à 20 h 44.