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Lymphocèle : une poche de lymphe après une chirurgie, le plus souvent sans gravité

Article rédigé le29 septembre 2026

Révisé et mis à jour le29 septembre 2026 à 15 h 57

Lymphocèle Curage ganglionnaire · Greffe rénale Échographie · Scanner Niveau : patient
Sur cette page
  1. De la lymphe qui s'accumule là où elle a été coupée
  2. Dans quelles situations ?
  3. Le plus souvent, elle ne se voit qu'à l'imagerie
  4. Ce que montrent l'échographie, le scanner et l'IRM
  5. Faut-il la traiter ?
  6. Références

Quelques semaines après une chirurgie du petit bassin ou une greffe de rein, l'échographie de contrôle montre une poche de liquide que personne n'attendait, et le compte rendu parle de « lymphocèle ». Le mot inquiète souvent davantage que la chose elle-même : la plupart des lymphocèles ne donnent aucun symptôme et disparaissent sans qu'on y touche.

De la lymphe qui s'accumule là où elle a été coupée

La lymphe est le liquide clair qui circule dans les vaisseaux lymphatiques et traverse les ganglions. Quand un chirurgien retire des ganglions, ou dissèque autour des gros vaisseaux, de petits canaux lymphatiques sont forcément sectionnés. La plupart se referment. Certains continuent de laisser fuir de la lymphe, qui s'accumule dans l'espace laissé par l'opération.

Avec le temps, cette collection s'entoure d'une coque fibreuse. Elle n'a pas de vraie paroi tapissée de cellules, comme un kyste : c'est une poche « de cicatrice » remplie de lymphe1,2. On la trouve surtout dans le bassin et derrière le péritoine, à côté des vaisseaux iliaques, précisément là où les ganglions ont été retirés3.

20 %

de lymphocèles après un curage pour cancer gynécologique, dont 5,8 % seulement donnent des symptômes4

0,6 à 34 %

après une greffe de rein, selon les séries et la façon de les rechercher2

≈ 6 sem.

c'est le moment où elles apparaissent le plus souvent après une greffe rénale2

Dans quelles situations ?

Après un curage ganglionnaire du bassinc'est le cas le plus fréquent : ablation de la prostate avec curage, chirurgie des cancers de l'utérus, du col ou de l'ovaire. Après une prostatectomie robot-assistée, une lymphocèle est visible chez près d'un patient sur deux si on la recherche systématiquement, mais elle n'est symptomatique que chez 7 % environ d'entre eux5. En gynécologie, une étude prospective de 800 patientes en retrouvait 20,2 %, dont 5,8 % symptomatiques, plus souvent du côté gauche4.

Après une greffe de reinle rein greffé est placé dans la fosse iliaque, au contact des vaisseaux iliaques dont on a disséqué les lymphatiques. La lymphocèle apparaît en général entre deux semaines et six mois après l'intervention2. Dans une série de 377 greffés publiée en français, elle concernait 8 % des patients, et le seul facteur de risque indépendant était le greffon provenant d'un donneur décédé6.

Ailleursl'aine, après un curage inguinal ou une chirurgie vasculaire, et l'aisselle après un curage axillaire, où l'on parle plus volontiers de « sérome ».

Certains terrains favorisent la lymphocèle : le surpoids5, un grand nombre de ganglions retirés, et, après greffe, certains immunosuppresseurs (inhibiteurs de mTOR), les anticoagulants ou un rejet aigu2,4.

LE PETIT BASSIN APRÈS UN CURAGE GANGLIONNAIRE vessie Lymphocèle poche de lymphele long des vaisseaux clips chirurgicaux Uretère peut être comprimé Artère et veine iliaques la veine peut être gênée artères veines uretères
Figure 1. La lymphocèle se forme là où les ganglions ont été retirés, le long des vaisseaux iliaques, souvent près des clips posés pendant l'opération. Petite, elle ne gêne rien ; volumineuse, elle peut appuyer sur l'uretère, sur la veine iliaque ou sur la vessie. Schéma à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Le plus souvent, elle ne se voit qu'à l'imagerie

Dans la grande majorité des cas, la lymphocèle est une découverte d'examen : elle ne fait pas mal et ne gêne rien4. Elle devient symptomatique quand elle est volumineuse ou qu'elle s'infecte.

Chez les hommes opérés de la prostate dont la lymphocèle donnait des symptômes, on retrouvait surtout un gonflement de la jambe ou de l'aine, des douleurs et, dans la moitié des cas, une infection avec de la fièvre. Le risque de phlébite y était nettement plus élevé5. Après une greffe, une lymphocèle peut comprimer l'uretère du greffon et faire monter la créatinine2.

Une lymphocèle qui ne gêne pas se surveille. Celle qui comprime, s'infecte ou fait gonfler une jambe se traite, et ces traitements marchent bien.

Le point de vue du radiologue

Ce que montrent l'échographie, le scanner et l'IRM

À l'échographie, c'est une poche noire (anéchogène), à paroi fine, parfois cloisonnée de fins septa, au contact des vaisseaux iliaques7,3. Quand elle est grosse, cloisonnée ou contient des débris, elle est plus souvent symptomatique ou infectée8.

Au scanner, son contenu a la densité de l'eau, parfois même un peu en dessous, et on voit souvent les clips chirurgicaux tout près3,7. Une paroi épaissie qui prend le contraste, une graisse voisine infiltrée ou des bulles de gaz font penser à une surinfection. À l'IRM, elle est très claire en T2 et sombre en T11.

Le radiologue doit surtout la distinguer d'autres collections qui se ressemblent après une chirurgie. En cas de doute, une ponction tranche : dans la lymphe, la créatinine est au même niveau que dans le sang, alors qu'elle est très élevée dans l'urine1.

CollectionCe qui la fait reconnaîtreCe qui inquiète
LymphocèleLiquide clair, près des vaisseaux iliaques et des clips, souvent après 2 à 6 semainesCompression, fièvre, gonflement d'un membre
UrinomePlus précoce, surtout après greffe ; créatinine très élevée dans le liquideFuite urinaire à réparer
HématomeContenu plus dense, dans les jours qui suivent l'opérationAugmentation de volume, baisse de l'hémoglobine
AbcèsParoi épaisse qui prend le contraste, parfois du gazFièvre : drainage et antibiotiques

Faut-il la traiter ?

Non, si elle ne gêne pas. Seules les lymphocèles symptomatiques justifient un geste, et beaucoup se résorbent seules2.

Quand il faut intervenir, le radiologue interventionnel est souvent en première ligne :

  • La simple ponction vide la poche mais ne l'empêche pas de se remplir : après une greffe, elle récidive dans 59 % des cas9.
  • Le drain laissé en place quelques jours ou semaines fait mieux, et encore mieux quand on y ajoute une sclérothérapie : on injecte dans la poche un produit qui en « colle » les parois. Le taux de succès dépasse alors 85 %10 ; avec l'alcool, le produit le mieux étudié, il approche 97 %11.
  • L'embolisation lymphatique, plus récente, consiste à boucher le vaisseau lymphatique qui fuit, repéré par une lymphographie. Elle réussit dans plus de 90 % des cas dans les revues publiées10 et fait mieux que la sclérothérapie dès la première séance dans une étude comparative12.
  • La chirurgie, le plus souvent par cœlioscopie, ouvre la poche dans la cavité abdominale pour que la lymphe y soit réabsorbée. C'est l'option qui récidive le moins après une greffe, autour de 8 %9.

Une lymphocèle infectée se draine et s'accompagne d'antibiotiques3,5.

SCHÉMA RÉCAPITULATIF — DU PLUS SIMPLE AU PLUS DÉFINITIF SANS SYMPTÔME Surveiller souvent résorbéespontanément PONCTION Vider soulage, maisrécidive fréquente ≈ 1 sur 3 DRAIN + sclérothérapie on « colle » lesparois de la poche > 85 % EMBOLISATION Boucher la fuite guidée par unelymphographie > 90 % CHIRURGIE Ouvrir la poche dansl'abdomen ≈ 92 % Pourcentages : succès approximatifs rapportés dans les revues de la littérature ; ils varient selon le contexte (greffe, chirurgie du cancer).
Figure 2. Les options, de la plus simple à la plus définitive. Le choix dépend des symptômes, du contexte (greffe ou chirurgie du cancer) et de l'expérience de l'équipe. Schéma récapitulatif à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.
À retenir

Une lymphocèle est une poche de lymphe qui se forme après une chirurgie des ganglions ou une greffe de rein. Elle est fréquente, le plus souvent sans symptôme, et se surveille simplement. Si elle comprime, fait gonfler une jambe ou s'infecte, un drainage avec sclérothérapie, une embolisation ou une petite chirurgie règlent le problème dans la grande majorité des cas.

Références

  1. Di Muzio B. et al. — Lymphocele. Radiopaedia.org, rID 71898, révision de décembre 2025.
  2. Ranghino A., Segoloni G.P., Lasaponara F., Biancone L. — Lymphatic disorders after renal transplantation: new insights for an old complication. Clinical Kidney Journal, 2015 ; 8(5) : 615-622.
  3. Karcaaltincaba M., Akhan O. — Radiologic imaging and percutaneous treatment of pelvic lymphocele. European Journal of Radiology, 2005 ; 55(3) : 340-354.
  4. Zikan M., Fischerova D., Pinkavova I. et al. — A prospective study examining the incidence of asymptomatic and symptomatic lymphoceles following lymphadenectomy in patients with gynecological cancer. Gynecologic Oncology, 2015 ; 137(2) : 291-298.
  5. Meenderink J.J.L., Kroon L.J., van der Slot M.A. et al. — Lymphoceles after pelvic lymph node dissection during robot-assisted radical prostatectomy. Translational Andrology and Urology, 2023 ; 12(11) : 1622-1630.
  6. Derouiche A., Mechri M., Ktari M.M. et al. — Facteurs de risque de la lymphocèle post-greffe rénale. Progrès en Urologie, 2010 ; 20 : 301-306.
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  8. Weinberger V. et al. — Taiwanese Journal of Obstetrics and Gynecology, 2019 ; 58(2) : 266-272 — aspect échographique de 227 lymphocèles et signes associés aux symptômes.
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  13. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 29 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 29 septembre 2026 à 15 h 57.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)