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Complications à long terme du Patey : les reconnaître, les explorer, les soigner

Article rédigé le28 septembre 2026

Révisé et mis à jour le28 septembre 2026 à 12 h 57

Mastectomie de Patey Lymphœdème · Curage axillaire Échographie · IRM Niveau : patiente
Sur cette page
  1. Pourquoi le curage compte plus que la mastectomie
  2. Le lymphœdème du bras
  3. Douleurs persistantes et sensations fantômes
  4. L'épaule, les cordes, l'omoplate
  5. Ce que l'imagerie montre à distance
  6. Si une radiothérapie a suivi
  7. Deux complications rares à connaître
  8. Le suivi au long cours
  9. Références

La cicatrice d'une mastectomie de Patey se referme en quelques semaines. D'autres suites, plus discrètes, peuvent s'installer au fil des mois, parfois des années : un bras qui gonfle, une douleur qui persiste, une épaule qui se raidit. La plupart ne tiennent pas à l'ablation du sein, mais au curage des ganglions de l'aisselle. Les connaître permet de les reconnaître tôt, et de ne pas les confondre avec une récidive.

Rappel : ce qu'est un « Patey » La mastectomie de Patey associe l'ablation du sein et un curage des ganglions de l'aisselle, en conservant le muscle grand pectoral. Sur un compte rendu, le terme désigne aujourd'hui le plus souvent une mastectomie totale avec curage axillaire. Voir notre article « Mastectomie de Patey ».

Pourquoi le curage compte plus que la mastectomie

L'aisselle, carrefour du brasles ganglions retirés lors du curage drainent aussi la lymphe du bras ; les nerfs et les muscles de l'épaule passent au même endroit. C'est pourquoi le curage axillaire, plus que l'ablation du sein, explique la plupart des séquelles à long terme.

Ce que montrent les comparaisonsle lymphœdème du bras est environ quatre fois plus fréquent après curage qu'après la seule biopsie du ganglion sentinelle1 ; sept ans après l'opération, 70 % des femmes opérées d'un curage gardaient une gêne cliniquement significative de l'épaule ou du bras, contre 41 % après ganglion sentinelle2 ; et le curage multiplie par 2,4 le risque de douleur persistante3.

19,9 %

de lymphœdème du bras après curage axillaire, contre 5,6 % après ganglion sentinelle1

35 %

de douleurs persistantes après chirurgie d'un cancer du sein, toutes techniques confondues4

70 %

de gêne de l'épaule ou du bras sept ans après un curage2

Le lymphœdème du bras

Quand il apparaîtle risque est maximal entre 1 an et 2 ans et demi après la chirurgie, mais il ne s'annule pas ensuite. À cinq ans, il atteignait 24,6 % après curage sans radiothérapie des ganglions, et 31,2 % lorsque les deux étaient associés5.

Ce qui l'exposel'étendue du curage et le nombre de ganglions retirés, la mastectomie elle-même, le surpoids ou la prise de poids, la radiothérapie et la chimiothérapie, ainsi que les complications de la cicatrisation6.

Comment on le confirmela mesure du bras (périmètres, volume) reste la base. L'échographie sert surtout à écarter une thrombose veineuse et à apprécier l'état des tissus ; la lymphoscintigraphie, la lymphographie au vert d'indocyanine ou la lymphographie par IRM étudient la circulation lymphatique elle-même, notamment avant une chirurgie7.

Comment on le traitepar la thérapie décongestive complète : soins de peau, drainage lymphatique manuel, exercices et bandages, puis manchon de contention au long cours. Certaines formes relèvent d'une chirurgie (anastomoses lymphatico-veineuses, transfert ganglionnaire, liposuccion)7. Aucune technique n'a démontré sa supériorité sur les autres8.

Le risque d'érysipèleun bras lymphœdémateux s'infecte plus facilement : dans une série de 2 920 patientes, 7,9 % avaient présenté une cellulite infectieuse, qui récidivait dans 39 % des cas9. Une rougeur chaude avec fièvre impose une consultation rapide.

Les quatre stades du lymphœdème selon la Société internationale de lymphologie : stade 0 latent, stade I réversible, stade II permanent, stade III avec modification de la peau
Figure 1. Le lymphœdème évolue par stades. Pris en charge tôt, au stade 0 ou I, il se contrôle mieux ; c'est pourquoi un bras lourd ou un peu gonflé mérite d'être signalé sans attendre. Schéma à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Douleurs persistantes et sensations fantômes

Une douleur fréquenteselon une méta-analyse de près de 300 000 patientes, 35 % gardent des douleurs persistantes après une chirurgie du cancer du sein, modérées à sévères chez environ une sur quatre ou cinq4. Le jeune âge, la radiothérapie, le curage axillaire et une douleur importante juste après l'opération en augmentent le risque3.

Une douleur de nerfelle est souvent de type neuropathique : brûlure, décharges, tiraillements, parfois engourdissement de l'aisselle et de la face interne du bras, territoire d'un petit nerf sensitif, le nerf intercostobrachial, souvent étiré ou sectionné lors du curage. Elle se traite par des médicaments spécifiques des douleurs nerveuses, des traitements locaux, des blocs nerveux ou des injections de graisse, avec des preuves encore limitées10.

Le sein fantômecertaines femmes continuent de percevoir le sein retiré. Dans une étude suivie six ans, une douleur « fantôme » concernait 17,4 % des patientes et une douleur de la cicatrice 30,9 %11.

L'épaule, les cordes, l'omoplate

L'épaule enraidieles femmes opérées d'un curage ont le risque le plus élevé de perte de mobilité, de force et de gêne dans les gestes quotidiens12 ; la kinésithérapie précoce en est le traitement.

Les cordes axillairesdes cordons fins et tendus, visibles ou palpables sous la peau de l'aisselle et du bras, limitent surtout l'élévation latérale. Ce « syndrome des cordes axillaires » touche jusqu'à 85 % des patientes selon les séries, apparaît le plus souvent dans les huit semaines, régresse en général en trois mois, mais peut persister ou récidiver des mois plus tard13,14.

L'omoplate décolléel'atteinte du nerf thoracique long donne une omoplate qui se décolle du thorax (scapula alata) : 13,6 % après curage dans une série de 264 patientes, mais seulement 2,3 % un an plus tard15.

Après un Patey, la plupart des séquelles ne viennent pas du sein retiré, mais de l'aisselle — et presque toutes se soignent mieux lorsqu'on les signale tôt.

En une phrase

Ce que l'imagerie montre à distance

Devant une boule sur la cicatricel'échographie est l'examen de première intention ; la mammographie n'intervient qu'en complément, et l'IRM lorsque le doute persiste16. La plupart des images découvertes sont bénignes :

  • Le sérome chronique : une poche de liquide dans l'aisselle ou sous la cicatrice. Il peut s'entourer d'une coque fibreuse et persister, ce qui a conduit à une intervention dans 1,7 % des mastectomies d'une grande série17.
  • La cytostéatonécrose : de la graisse abîmée, qui forme une petite masse à centre graisseux, parfois calcifiée16.
  • La fibrose : un tissu cicatriciel parfois irrégulier, qui peut ressembler à une récidive et justifier une biopsie16.
  • Le granulome sur fil et le névrome : une réaction autour d'un fil, ou un petit renflement d'un nerf coupé, douloureux au toucher. Le granulome peut fixer le traceur du TEP-scanner et simuler une récidive16.

Ce qui fait craindre une récidiveune masse solide irrégulière et vascularisée à l'échographie, un nodule de la peau, un ganglion nouveau dans l'aisselle ou au-dessus de la clavicule. L'IRM montre une prise de contraste précoce ; la fibrose ancienne, elle, se rehausse peu16,18. En cas de doute, seule la biopsie tranche.

Schéma récapitulatif de cinq images possibles à l'échographie après mastectomie : sérome, cytostéatonécrose, névrome, fibrose, et récidive vascularisée
Figure 2. Cinq images que l'échographie peut montrer sur une cicatrice de mastectomie ou dans l'aisselle. Les trois premières sont bénignes et caractéristiques ; la fibrose peut prêter à confusion ; une masse solide vascularisée fait pratiquer une biopsie. Schéma récapitulatif à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Si une radiothérapie a suivi

Des effets retardéslorsque la paroi thoracique et les ganglions ont été irradiés, d'autres séquelles peuvent apparaître : fibrose de la paroi, fractures de côtes, cicatrice pulmonaire au contact, et plus rarement atteinte du plexus brachial19.

Le plexus brachialavec les protocoles actuels, son atteinte est rare, moins de 1 %20 ; elle peut toutefois se révéler vingt ans ou plus après le traitement, par une faiblesse ou des fourmillements progressifs de la main et du bras21.

Le cœuraprès une radiothérapie du côté gauche, le risque d'événement coronarien augmente de 7,4 % par gray reçu par le cœur, sans seuil, et persiste des décennies22. Les techniques modernes réduisent fortement la dose cardiaque.

Deux complications rares à connaître

Le syndrome de Stewart-Trevesun angiosarcome, cancer des vaisseaux, qui peut naître sur un bras atteint d'un lymphœdème ancien. Il est rare — 0,07 à 0,45 % des patientes survivant au moins cinq ans après une mastectomie radicale — et survient après un long délai, souvent une dizaine d'années ou plus. Il se présente comme un « bleu » qui s'étend ou des petites taches violacées sur le bras23.

L'angiosarcome radio-induitil se développe sur la peau irradiée de la paroi, en moyenne cinq à sept ans après la radiothérapie, sous la forme de plaques rouges ou violacées ou d'un épaississement de la peau. Son incidence est de l'ordre de 0,04 à 0,16 %. L'IRM montre une peau épaissie qui se rehausse ; seule la biopsie confirme le diagnostic24.

SigneCe que cela peut êtreQue faire
Bras lourd, qui gonfleLymphœdème débutantConsulter : mesure du bras, prise en charge précoce
Bras rouge, chaud, fièvreÉrysipèle sur lymphœdèmeConsulter rapidement : antibiotiques
Boule sur la cicatriceLe plus souvent bénigneÉchographie, biopsie si l'aspect n'est pas typique
Taches violacées, « bleu » qui s'étendRarement, un angiosarcomeAvis dermatologique ou oncologique, biopsie
Faiblesse ou fourmillements de la mainAtteinte nerveuse, parfois radiqueAvis médical, examen neurologique

Le suivi au long cours

La règlela surveillance repose sur l'interrogatoire et l'examen clinique ; en l'absence de symptôme, aucune imagerie systématique n'est recommandée en dehors de la mammographie annuelle du sein restant25. C'est donc souvent la patiente elle-même qui repère le premier signe.

L'après, aussiune reconstruction mammaire reste possible à distance, par prothèse ou par tissus propres, tout comme le choix d'un thorax plat ; la décision se prend avec l'équipe, à son rythme26.

Frise chronologique des complications après mastectomie avec curage : cordes axillaires dans les premières semaines, pic du lymphœdème entre un an et deux ans et demi, douleurs persistantes, atteinte radique du plexus et angiosarcome après des années
Figure 3. Les complications ne surviennent pas toutes au même moment : certaines dans les semaines qui suivent l'opération, d'autres des années plus tard. Frise indicative, échelle non proportionnelle. Schéma récapitulatif à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.
À retenir

Après une mastectomie de Patey, la plupart des séquelles à long terme viennent du curage de l'aisselle : lymphœdème du bras, douleurs persistantes, raideur de l'épaule, cordes axillaires. Elles se traitent d'autant mieux qu'elles sont signalées tôt. Sur la cicatrice, l'échographie identifie le plus souvent une image bénigne ; une masse vascularisée ou un nodule nouveau fait pratiquer une biopsie. Des taches violacées sur un bras gonflé ou sur la peau irradiée, bien que rares, doivent faire consulter.

Références

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  27. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie mammaire.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 28 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 28 septembre 2026 à 12 h 57.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)