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« Mastectomie de Patey » : ce que ce nom signifie sur votre compte rendu

Article rédigé le26 septembre 2026

Révisé et mis à jour le26 septembre 2026 à 12 h 17

Mastectomie de Patey Sein · Cancer du sein Surveillance Niveau : patient
Sur cette page
  1. Un nom de chirurgien, une opération précise
  2. Une chirurgie devenue moins fréquente
  3. Ce que montre l'imagerie après l'opération
  4. La surveillance, côté opéré et côté sain
  5. Les séquelles possibles, et le risque de récidive
  6. Références

Sur les comptes rendus d'imagerie des femmes traitées pour un cancer du sein, un nom revient souvent : « antécédent de mastectomie de Patey gauche », « aspect post-Patey ». Il ne désigne ni une maladie, ni une complication. C'est le nom d'une opération — et il explique à lui seul une grande partie de ce que le radiologue voit, ou ne voit plus, sur l'examen.

Un nom de chirurgien, une opération précise

L'origineen 1948, deux chirurgiens britanniques, David Howard Patey et W. H. Dyson, publient dans le British Journal of Cancer les résultats d'une opération moins mutilante que celle pratiquée jusqu'alors, en la comparant à la mastectomie radicale classique sur des patientes opérées entre 1930 et 19431,2.

Ce qu'elle retirele sein entier — la glande, l'aréole et le mamelon, avec une ellipse de peau —, le muscle petit pectoral, et les ganglions de l'aisselle, dans un curage axillaire complet2.

Ce qu'elle conservele muscle grand pectoral, qui recouvre la paroi thoracique. C'est toute sa différence avec l'opération de Halsted, pratiquée depuis la fin du XIXe siècle, qui retirait aussi les deux muscles pectoraux et laissait un thorax creusé. Plus tard, la technique de Madden a franchi une étape de plus en conservant les deux muscles2.

TROIS OPÉRATIONS, DE LA PLUS À LA MOINS ÉTENDUE Halsted fin du XIXᵉ siècle glande mammaire grand pectoral petit pectoral IIIIII deux pectoraux retirés Patey 1948 glande mammaire grand pectoral petit pectoral IIIIII grand pectoral conservé Madden 1972 glande mammaire grand pectoral petit pectoral IIIIII deux pectoraux conservés retiré conservé côtes I · II · III : étages ganglionnaires de l'aisselle
Figure 1. Ce qui est retiré (hachuré) et ce qui est conservé (turquoise) dans les trois grandes opérations d'ablation du sein avec curage axillaire. Le Patey conserve le grand pectoral ; la technique de Madden, la plus pratiquée aujourd'hui, conserve aussi le petit pectoral et limite habituellement le curage aux deux premiers étages. Schéma de principe, non issu d'une image réelle.
« Patey » dans le langage d'aujourd'hui En France, l'opération de Patey au sens strict, avec ablation du petit pectoral, n'est plus pratiquée de façon courante : les chirurgiens conservent en règle les deux muscles3. Le nom est pourtant resté dans l'usage. Sur un compte rendu, « Patey » désigne donc le plus souvent une mastectomie totale associée à un curage des ganglions de l'aisselle, quel que soit le détail de la technique.

Une chirurgie devenue moins fréquente

La conservation du sein, désormais majoritaireen France, 71,4 % des interventions pour cancer du sein étaient déjà des chirurgies conservatrices en 20124. La mastectomie reste indiquée dans certaines situations : tumeur volumineuse par rapport au sein, lésions multiples dans des zones différentes du sein, cancer inflammatoire, marges d'exérèse qui restent atteintes, ou récidive après un premier traitement conservateur.

Le curage, de moins en moins systématiquela technique du ganglion sentinelle a profondément réduit le recours au curage complet de l'aisselle. En 2024, l'essai suédois SENOMAC a montré que, chez des patientes présentant une ou deux métastases dans le ganglion sentinelle, renoncer au curage ne dégradait pas les résultats : 89,7 % de survie sans récidive à cinq ans sans curage, contre 88,7 % avec — et environ un tiers de ces patientes avaient eu une mastectomie5.

Ce que montre l'imagerie après l'opération

Du côté opéréla glande mammaire a disparu : la peau et une fine couche de graisse reposent directement sur le grand pectoral. On retrouve la cicatrice, parfois de petits clips métalliques dans l'aisselle, laissés par le chirurgien. Ces aspects sont attendus et n'ont rien d'inquiétant.

Plusieurs images bénignes, liées à la cicatrisation, peuvent apparaître7 :

  • Un sérome : une poche de liquide qui se forme dans les semaines suivant l'opération, sous la peau ou dans l'aisselle, et qui se résorbe le plus souvent d'elle-même.
  • Une cytostéatonécrose (nécrose graisseuse) : de la graisse abîmée par l'opération, qui forme un petit kyste huileux, parfois calcifié. À l'IRM, sa teneur en graisse la trahit.
  • Une fibrose cicatricielle : un tissu dense, parfois irrégulier, qui peut ressembler à une récidive — d'où l'intérêt de comparer avec les examens précédents.
  • Un granulome sur fil ou un névrome : une petite réaction autour d'un fil de suture, ou un renflement d'un nerf coupé dans la cicatrice.
ZoneAspect habituelFait approfondir
CicatriceFine, stable d'un examen à l'autreNodule nouveau sur la cicatrice ou sous la peau
Paroi thoraciquePeau et graisse fines sur le grand pectoralÉpaississement ou masse au contact du muscle
PeauSouple, d'épaisseur régulièreNodule cutané, rougeur persistante, ulcération
GanglionsClips du curage, aucun ganglion anormalGanglion nouveau dans l'aisselle, au-dessus de la clavicule ou le long du sternum
APRÈS LA MASTECTOMIE — LES ZONES SURVEILLÉES 1 2 3 4 côté non opéré côté opéré Sein restant mammographie une fois par an OÙ L'ON CHERCHE UNE RÉCIDIVE 1 Cicatrice et paroi thoracique 2 Aisselle 3 Creux au-dessus de la clavicule 4 Chaîne mammaire interne, le long du sternum Côté opéré : examen clinique, échographie en cas d'anomalie.
Figure 2. Après une mastectomie, la surveillance repose sur l'examen clinique et sur la mammographie annuelle du sein restant. Du côté opéré, sans reconstruction, il n'y a plus de sein à radiographier : l'imagerie intervient si une anomalie est découverte, en commençant par l'échographie. Schéma de principe, non issu d'une image réelle.

La surveillance, côté opéré et côté sain

Le sein restantil est surveillé par une mammographie une fois par an, éventuellement complétée par une échographie9,10. Les consultations ont lieu tous les 3 à 6 mois pendant cinq ans, puis une fois par an ; en l'absence de symptôme, aucune imagerie systématique du foie, des poumons ou des os n'est recommandée9.

Le côté opérésans reconstruction, il n'y a plus de glande à radiographier : le Collège américain de radiologie considère qu'une mammographie, une échographie ou une IRM de dépistage n'y sont habituellement pas indiquées. En revanche, devant une masse palpable ou une douleur, l'échographie est l'examen de première intention6.

Après une reconstructionpar prothèse ou par lambeau, la surveillance est adaptée. Les récidives y siègent le plus souvent dans la peau et le tissu sous-cutané, et se découvrent surtout à la palpation8.

Après un Patey, l'absence de sein sur l'image n'est pas une anomalie : c'est la trace attendue de l'opération. Le radiologue regarde ce qui l'entoure.

En une phrase

Les séquelles possibles, et le risque de récidive

19,9 %

de lymphœdème du bras après curage, contre 5,6 % après ganglion sentinelle seul11

1,6 %

de récidive locorégionale à 10 ans sans ganglion atteint, même sans radiothérapie12

2,3 %

d'atteinte persistante du nerf thoracique long, un an après le curage13

Le lymphœdèmele curage retire des ganglions qui drainent aussi la lymphe du bras. Une méta-analyse de référence l'estime à 19,9 % après curage axillaire, contre 5,6 % après la seule biopsie du ganglion sentinelle11. Un gonflement persistant du bras justifie un avis, car une prise en charge précoce (drainage, contention) est plus efficace.

Le séromec'est la complication la plus fréquente de la période post-opératoire. Il est le plus souvent bénin et régresse spontanément ou après une simple ponction.

L'omoplate décolléele nerf thoracique long, qui longe la paroi dans l'aisselle, peut être irrité pendant le curage : l'omoplate se décolle alors du thorax (scapula alata). Dans une série de 264 patientes, une atteinte de ce nerf a été confirmée chez 11,3 % d'entre elles, mais ne persistait un an plus tard que chez 2,3 %13.

La récidiveelle dépend surtout de l'atteinte des ganglions au moment du diagnostic. Selon une vaste méta-analyse internationale, sans radiothérapie après la mastectomie, le risque de récidive locorégionale à dix ans était de 1,6 % en l'absence de ganglion atteint, de 20,3 % avec 1 à 3 ganglions atteints — ramené à 3,8 % par la radiothérapie —, et de 32,1 % avec 4 ganglions ou plus — ramené à 13 %12. La paroi thoracique est le site le plus fréquent.

À retenir

« Patey » est le nom d'une opération, décrite en 1948 : ablation du sein et des ganglions de l'aisselle, avec conservation du grand pectoral. Aujourd'hui, le terme désigne surtout une mastectomie totale avec curage axillaire. Sur l'imagerie, l'absence de sein, la cicatrice et les clips sont attendus ; ce que le radiologue recherche, c'est un élément nouveau sur la cicatrice, la paroi, la peau ou dans les ganglions. Le sein restant est surveillé par une mammographie chaque année.

Références

  1. Patey D.H., Dyson W.H. — The prognosis of carcinoma of the breast in relation to the type of operation performed. British Journal of Cancer, 1948 ; 2(1) : 7-13. L'article fondateur.
  2. Zurrida S. et al. — The Changing Face of Mastectomy (from Mutilation to Aid to Breast Reconstruction). International Journal of Surgical Oncology, 2011 : 980158. Histoire des techniques de Halsted, Patey et Madden.
  3. Fourchotte V., Fitoussi A. — Chirurgie d'exérèse totale du sein : les mammectomies. EMC — Techniques chirurgicales, Elsevier Masson, 2011. Pratique chirurgicale française.
  4. Or Z. et al. — Variations des pratiques chirurgicales dans la prise en charge des cancers du sein en France. Questions d'économie de la santé, IRDES, n° 226, 2017.
  5. de Boniface J. et al. — essai SENOMAC. New England Journal of Medicine, 2024 ; 390 : 1163-1175. Résumé dans The ASCO Post.
  6. Heller S.L., Lourenco A.P., Niell B.L. et al. — ACR Appropriateness Criteria® — Imaging After Mastectomy and Breast Reconstruction. Journal of the American College of Radiology, 2020.
  7. RadioGraphics, 2021 — revue de l'imagerie après mastectomie : aspects post-opératoires bénins et sites de récidive.
  8. Thai J.N. et al. — RadioGraphics, 2024 ; 44(5) — imagerie multimodale des seins reconstruits après mastectomie.
  9. Institut national du cancer — Cancer du sein : le suivi, et Cancers du sein — du diagnostic au suivi (2016).
  10. Runowicz C.D. et al. — American Cancer Society / American Society of Clinical Oncology Breast Cancer Survivorship Care Guideline. Journal of Clinical Oncology, 2016 ; 34(6) : 611-635.
  11. DiSipio T., Rye S., Newman B., Hayes S. — Incidence of unilateral arm lymphoedema after breast cancer: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Oncology, 2013 ; 14 : 500-515.
  12. Early Breast Cancer Trialists' Collaborative Group (McGale P. et al.) — Effect of radiotherapy after mastectomy and axillary surgery on 10-year recurrence and 20-year breast cancer mortality. The Lancet, 2014 ; 383 : 2127-2135.
  13. Belmonte R. et al. — Long thoracic nerve injury in breast cancer patients treated with axillary lymph node dissection. Supportive Care in Cancer, 2015.
  14. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie mammaire.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen après mastectomie ou décider de la surveillance adaptée.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 26 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 26 septembre 2026 à 12 h 17.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)