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Une petite boule ferme sous le cuir chevelu, qui roule sous le doigt et qui ne fait pas mal : voilà le tableau classique. Le scanner de la tête ou l'échographie la signale parfois par hasard, sous le nom de « kyste trichilemmal » ou « kyste pilaire ». Dans l'immense majorité des cas, c'est une lésion bénigne qui n'exige rien d'autre qu'un diagnostic correct. Mais comme elle ressemble à d'autres nodules qui, eux, demandent une conduite différente, il vaut la peine de savoir ce que l'imagerie doit montrer, et ce qui doit la faire douter.
Un kyste qui vient du poil
Le kyste trichilemmal est une poche de la peau remplie de kératine, la protéine dont sont faits les poils et les ongles. Sa paroi est tapissée de cellules qui ressemblent à celles de la gaine externe du follicule pileux, d'où son nom, et l'on parle aussi de kyste pilaire1,2. Sous le microscope, la paroi est épaisse, avec des cellules alignées en palissade, et le contenu est une kératine dense, sans la couche granuleuse que l'on voit dans le kyste épidermique, son plus proche cousin1,3.
Ce contenu est souvent mélangé à des cristaux de cholestérol et se calcifie volontiers, ce qui compte beaucoup pour l'imagerie4. L'origine exacte du kyste reste discutée : on le rattache au follicule pileux, sans pouvoir dire pourquoi il se forme chez une personne et pas chez une autre.
des adultes passant une imagerie de la tête en ont un, ce qui en fait le nodule sous-cutané le plus fréquent à cet endroit4
chance de transmission à un enfant quand la forme est familiale, de type autosomique dominant5
Ce qu'on voit et ce qu'on sent
La lésion est un nodule sous-cutané ferme, lisse, bien limité, mobile sur les plans profonds, de la couleur de la peau. Il mesure en général de quelques millimètres à 5 cm5. Contrairement au kyste épidermique, il n'a pas de petit point central (le « punctum ») par lequel s'évacuerait son contenu1,2. Il ne fait pas mal, sauf s'il s'enflamme.
Il touche surtout les adultes, plus souvent les femmes, et il est volontiers multiple1,5. Il existe des formes familiales, de transmission autosomique dominante : on y pense devant plusieurs kystes chez plusieurs apparentés, ou des lésions apparues tôt dans la vie6,3. Les pourcentages de formes uniques ou multiples varient beaucoup d'une source à l'autre, et je préfère ne pas en citer.
Ce que montrent l'échographie, le scanner et l'IRM
À l'échographiec'est l'examen de première intention pour un nodule du cuir chevelu. Le kyste apparaît comme une lésion bien limitée, de texture plutôt hypoéchogène et hétérogène, avec un renforcement des échos en arrière, sans signal Doppler à l'intérieur4. La conférence de consensus de la Society of Radiologists in Ultrasound (2022) souligne trois éléments qui orientent vers le kyste trichilemmal plutôt qu'épidermique : le siège au cuir chevelu, l'absence de connexion avec l'épiderme et la fréquence des calcifications ou des fragments de poils7.
Au scannerle kyste a la densité des tissus mous, avec des calcifications dans une proportion importante de cas. Dans une série de 19 lésions du cuir chevelu, elles étaient visibles au scanner dans environ 70 % des cas8. L'os sous-jacent est en principe intact : on regarde surtout s'il existe un amincissement ou une érosion, qui orienteraient vers une autre lésion1.
À l'IRMle signal est variable, souvent en hypersignal T1 avec des zones sombres linéaires dues aux calcifications, et la lésion ne prend pas le contraste à l'intérieur4,8. L'IRM n'est pas demandée pour un kyste typique ; elle sert quand l'aspect est atypique ou que l'on cherche un lien avec les structures profondes.
Un kyste trichilemmal typique, je le reconnais en quelques secondes à l'échographie. Ce qui me fait ralentir, c'est tout ce qui s'en écarte : un nodule vascularisé au Doppler, des contours irréguliers, une croissance rapide, ou un nourrisson avec une masse sur la ligne médiane. Là, on ne parle plus du même sujet.
Le point de vue du radiologueCe qui peut lui ressembler
Le diagnostic différentiel dépend de l'âge. Chez l'adulte, il comprend le kyste épidermique, le lipome, le pilomatricome et l'abcès1,4. Chez l'enfant, il faut en plus penser au dermoïde, et chez le nourrisson, devant une masse de la ligne médiane, à une communication avec l'intérieur du crâne.
| Lésion | Ce qui la distingue | Conduite |
|---|---|---|
| Kyste épidermique | Présence d'un punctum, contenu plus homogène, calcifications moins fréquentes, siège plus varié7,1 | Même prise en charge que le trichilemmal |
| Lipome | Plus mou, échostructure fibrillaire, pas de calcification | Surveillance, exérèse si gêne |
| Pilomatricome | Calcifié, fréquent chez l'enfant ; peut ressembler à un kyste calcifié4 | Exérèse, confirmation histologique |
| Dermoïde de l'enfant | Souvent médian près des sutures, avec parfois un remodelage de l'os, sans extension intracrânienne dans la série lue9 | Imagerie complète avant tout geste |
| Céphalocèle atrétique | Masse médiane postérieure du nourrisson, petit défaut osseux juste en dessous10 | Ne jamais retirer sans l'avoir reconnue |
| Tumeur trichilemmale proliférante | Vascularisée, plus volumineuse, grossit ; souvent femme âgée11 | Exérèse avec marges, analyse histologique |
Les complications
Le kyste peut s'enflammer, parfois à la suite d'un traumatisme, d'un peigne ou d'une coiffure serrée. Il devient rouge, douloureux, et sa rupture peut faire croire à une infection bactérienne, alors qu'il s'agit surtout d'une réaction à la kératine libérée dans les tissus5,3. Une infection vraie est possible aussi.
Une croissance rapide d'un kyste ancien est inhabituelle et doit faire réexaminer la lésion3. Elle peut annoncer une évolution vers une tumeur trichilemmale proliférante, qui prend parfois un caractère malin. Cette forme touche surtout des femmes entre 40 et 80 ans, presque toujours au cuir chevelu, et se traite par exérèse avec une marge d'environ 1 cm ; la récidive locale a été rapportée dans quelques pour cent des cas, l'atteinte d'un ganglion régional dans une minorité encore plus faible11. Pour un kyste simple, je n'ai trouvé aucun chiffre fiable de transformation maligne : on peut seulement dire qu'elle est exceptionnelle3,6.
Faut-il l'enlever ?
Un kyste qui ne gêne pas et dont l'aspect est typique n'a pas besoin d'être opéré6,5. On le retire quand il est inesthétique, qu'il gêne (au peigne, au casque), qu'il grossit, qu'il s'enflamme à répétition, ou quand un doute diagnostique persiste.
L'intervention se fait en général sous anesthésie locale. L'essentiel est de retirer le kyste en entier, avec sa paroi : si un fragment de poche reste en place, la récidive est fréquente1,6. Les formes multiples ou familiales peuvent justifier une exérèse plus étendue, parfois avec reconstruction cutanée2. Une lésion enflammée est le plus souvent traitée à froid, après apaisement de l'inflammation.
Le kyste trichilemmal est une poche de kératine bénigne du cuir chevelu, bien limitée et souvent calcifiée à l'imagerie. On l'enlève en entier s'il gêne ; sinon, on le laisse. Un nodule vascularisé, à croissance rapide ou situé sur la ligne médiane chez un nourrisson mérite un examen complémentaire avant tout geste.
Références
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- Frances P., Mosset T., Duhamel M., Guilliey A., Deleuze T. — Kyste pilaire. La Revue du Praticien, 10 décembre 2020.
- Medscape — Trichilemmal cyst (pilar cyst) : clinical presentation and workup. eMedicine.
- Kurban L.A.S. — Trichilemmal cyst. Radiopaedia.org, révisé le 5 février 2023.
- Kapadia A. — Trichilemmal cyst. DermNet, modifié le 12 juin 2024.
- Aaron D.M. — Kystes cutanés. Manuel MSD, version pour professionnels, revue en août 2025.
- Jacobson J.A., Middleton W.D. et al. — Ultrasonography of superficial soft-tissue masses: Society of Radiologists in Ultrasound consensus conference statement. Radiology, 2022.
- Kawaguchi M. et al. — Imaging findings of trichilemmal cyst and proliferating trichilemmal tumour. The Neuroradiology Journal, 2021 ; 34(6) : 615-621.
- Serrallach B.L. et al. — Conventional and advanced MR imaging findings in a cohort of pathology-proven dermoid cysts of the pediatric scalp and skull. The Neuroradiology Journal, 2022 ; 35(4) : 497-503.
- Whalen H., Yazbek S. — Atretic cephalocele and differential considerations: a small case series. Publication en accès libre, PMC, 2023.
- Sutherland M., Roth K., Yu E. — Malignant proliferating trichilemmal tumor treated with radical radiotherapy: a case report and literature review. Cureus, 2017.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 1er octobre 2026 · Révisé et mis à jour le 1 octobre 2026 à 11 h 36.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)