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Une IRM de la moelle épinière révèle une « cavité syringomyélique », ou « syrinx » ? Ce terme désigne une collection de liquide qui se forme à l'intérieur même de la moelle épinière, et non autour d'elle. Loin d'être une maladie en soi, c'est une conséquence visible d'un trouble sous-jacent de la circulation du liquide céphalo-rachidien ou d'une lésion médullaire — qu'il s'agit ensuite d'identifier, car c'est elle qui guide le traitement.
Une cavité syringomyélique de petite taille, stable dans le temps et sans symptôme, peut faire l'objet d'une simple surveillance par IRM régulière. Ce n'est ni sa seule présence ni sa taille qui déterminent l'urgence de la prise en charge, mais son évolutivité et le retentissement neurologique qu'elle entraîne.
Qu'est-ce qu'une cavité syringomyélique
Le terme médical exact est syrinx : une cavité remplie de liquide qui se développe à l'intérieur du tissu de la moelle épinière — et, plus rarement, du tronc cérébral, où l'on parle alors de syringobulbie. Cette cavité s'étend le plus souvent sur plusieurs niveaux vertébraux, en hauteur, plutôt que de rester ponctuelle1.
Ce que montre l'IRM
L'IRM médullaire, en coupes sagittales pondérées T1 et T2, est l'examen qui permet de visualiser la cavité avec précision. Elle apparaît en hyposignal sur les séquences T1 et en hypersignal net sur les séquences T2, comme tout liquide de composition proche de celle du liquide céphalo-rachidien, et s'accompagne souvent d'un léger élargissement fusiforme de la moelle à son niveau.
Un détail fin mais utile pour le radiologue : un artefact de flux, un liseré en hyposignal au sein même de la cavité, traduit un mouvement pulsatile du liquide qu'elle contient — un argument en faveur d'une véritable cavité liquidienne active plutôt que d'une simple séquelle de souffrance médullaire ancienne.
D'où vient cette cavité
Une cavité syringomyélique n'est jamais une maladie primitive : elle traduit toujours un trouble sous-jacent, qu'il faut identifier. Quatre grands mécanismes sont classiquement distingués1 :
- Associée à une malformation de Chiari — le mécanisme le plus fréquent. Une gêne à la circulation du liquide céphalo-rachidien au niveau du trou occipital favoriserait la formation de la cavité. Cette malformation fait l'objet d'un article dédié, où elle est associée à une cavité syringomyélique dans environ un tiers des cas3.
- Post-traumatique — la cavité se développe des mois, parfois des années, après un traumatisme de la moelle épinière, en lien avec les remaniements cicatriciels au site de la lésion initiale. Elle peut s'étendre progressivement vers le haut et provoquer une aggravation neurologique tardive, bien après l'accident initial — un point important à connaître pour toute personne ayant subi un traumatisme médullaire.
- Associée à une tumeur intramédullaire — certaines tumeurs de la moelle, en particulier l'épendymome et l'hémangioblastome, s'accompagnent volontiers d'une cavité au-dessus ou au-dessous d'elles. Sa présence doit alors faire rechercher attentivement une petite tumeur qui pourrait autrement passer inaperçue.
- Idiopathique — sans cause identifiée malgré un bilan complet, une fois écartées les causes précédentes ainsi que d'autres causes plus rares comme un canal rachidien rétréci ou une inflammation des méninges.
Les symptômes
Les symptômes évoluent le plus souvent lentement, sur plusieurs années, et dépendent du niveau et de l'étendue de la cavité. Le tableau le plus caractéristique associe :
- Une perte de sensibilité dite « suspendue », touchant la douleur et la température mais épargnant le toucher, au niveau des épaules et des bras — liée à l'atteinte des fibres qui croisent au centre de la moelle.
- Une faiblesse et une fonte musculaire au niveau de la cavité, par atteinte des cellules nerveuses qui commandent les muscles à cet étage.
- Une raideur et des réflexes vifs en dessous du niveau de la cavité, par atteinte des faisceaux qui transmettent la commande motrice.
- Des douleurs neuropathiques, et, dans les formes anciennes et négligées, des atteintes articulaires liées à la perte de sensibilité protectrice.
Un bilan qui ne s'arrête pas à la moelle
Découvrir une cavité syringomyélique impose presque toujours d'élargir l'exploration au-delà du seul niveau où elle se trouve. Le radiologue vérifie systématiquement le trou occipital, à la recherche d'une malformation de Chiari associée, examine l'ensemble de la moelle à la recherche d'une tumeur intramédullaire — avec injection de produit de contraste en cas de doute — et recherche des séquelles d'un traumatisme médullaire ancien au niveau correspondant. C'est cette vision d'ensemble, et non la seule cavité, qui oriente le traitement.
Une cavité syringomyélique est un signe, pas un diagnostic : la vraie question posée par l'IRM n'est pas seulement « où est la cavité ? » mais « pourquoi s'est-elle formée ? ». La réponse détermine si le traitement doit porter sur le trou occipital, sur une tumeur, sur une ancienne lésion traumatique, ou sur rien de plus qu'une simple surveillance.
Traitement : traiter la cause avant la cavité
Le principe général est de traiter la cause plutôt que la cavité elle-même. Lorsqu'une malformation de Chiari est en cause, une décompression de la fosse postérieure restaure le plus souvent une circulation normale du liquide céphalo-rachidien et permet à la cavité de diminuer progressivement, sans geste supplémentaire sur la moelle. Lorsqu'une tumeur est responsable, son exérèse ou sa réduction traite en général aussi la cavité associée. Dans les formes post-traumatiques, une libération chirurgicale des adhérences cicatricielles peut être proposée en cas d'aggravation.
Un geste directement dirigé sur la cavité — la pose d'un drainage (shunt) reliant la cavité à l'espace sous-arachnoïdien ou à la cavité péritonéale — reste une option de seconde intention, réservée aux situations où le traitement de la cause ne suffit pas ou n'est pas réalisable. Une cavité stable et peu symptomatique peut, quant à elle, se contenter d'une simple surveillance par IRM à intervalles réguliers.
Une cavité syringomyélique (syrinx) est une collection de liquide à l'intérieur de la moelle épinière, en hyposignal T1 et hypersignal T2 à l'IRM · elle est le plus souvent associée à une malformation de Chiari, mais peut aussi être post-traumatique, tumorale ou idiopathique · elle se traduit typiquement par une perte de sensibilité suspendue à la douleur et à la température, avec des signes moteurs au-dessus et en dessous de son niveau · le traitement vise en priorité la cause sous-jacente, un geste direct sur la cavité restant une option de second recours.
Références
- Syrinx — Radiopaedia. Définition, principales causes et aspects IRM des cavités intramédullaires.
- Syringomyelia — Radiopaedia. Distinction terminologique avec l'hydromyélie et physiopathologie.
- Chiari 1 malformation — Radiopaedia. Fréquence de la cavité syringomyélique associée à la malformation de Chiari de type I.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie devant une suspicion de cavité intramédullaire.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin ayant accès au dossier complet du patient peut interpréter une IRM médullaire et déterminer l'origine d'une cavité syringomyélique.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 21 septembre 2026 à 12 h 02 · Révisé et mis à jour le 21 septembre 2026 à 12 h 02.
Signé : Dr Farid Aassouani