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Une chute à ski, un accident de moto, une simple glissade chez une personne âgée ostéoporotique : le plateau tibial, la partie supérieure du tibia qui forme la moitié inférieure du genou, peut se fracturer de bien des façons différentes. La classification de Schatzker est le langage commun que les chirurgiens orthopédistes et les radiologues utilisent pour décrire ces fractures et décider de la conduite à tenir.
Ce qu'est une fracture du plateau tibial
Une surface articulaire, pas un simple osle plateau tibial est la surface sur laquelle repose le fémur au niveau du genou. Il comporte deux versants : le plateau latéral (côté externe de la jambe) et le plateau médial (côté interne), séparés par les épines tibiales.
Pourquoi cette fracture est particulièrecontrairement à une fracture de la diaphyse (le corps de l'os), une fracture du plateau tibial touche une surface articulaire. Même un décalage de quelques millimètres peut, à terme, favoriser une arthrose du genou si la marche reprend sur une surface irrégulière. C'est pourquoi la description précise du type de fracture pèse directement sur la décision chirurgicale.
Les six types de Schatzker
Publiée en 1979 par Joseph Schatzker, cette classification distingue six types morphologiques, de la fracture en séparation isolée aux atteintes bicondylaires avec dissociation métaphyso-diaphysaire1. Elle décrit un dessin fracturaire ; elle ne résume pas à elle seule toute la gravité de la blessure.
| Type | Description | Profil ou mécanisme souvent associé |
|---|---|---|
| Type I | Fracture séparation pure du plateau latéral, sans enfoncement | Sujet jeune, os solide |
| Type II | Fracture séparation associée à un enfoncement du plateau latéral | Souvent rapporté comme le type le plus fréquent |
| Type III | Enfoncement pur du plateau latéral, sans trait de séparation | Sujet âgé, os ostéoporotique |
| Type IV | Fracture du plateau médial, avec ou sans enfoncement | Souvent traumatisme à haute énergie |
| Type V | Fracture bicondylaire, les deux plateaux, sans dissociation de la diaphyse | Souvent traumatisme à haute énergie |
| Type VI | Fracture du plateau avec dissociation métaphyso-diaphysaire | Souvent traumatisme à haute énergie |
Pourquoi le côté compte autant que le type
Le plateau latéral, le plus exposéle plateau latéral se fracture beaucoup plus souvent que le médial, car l'axe naturel du genou (le valgus physiologique) concentre les forces de ce côté lors d'un traumatisme en compression latérale.
Le plateau médial, le plus préoccupantune fracture du plateau médial (type IV) est plus rare et peut être associée à un traumatisme plus énergique, notamment lorsqu'elle est déplacée ou s'accompagne d'une luxation. Les lésions vasculaires ou nerveuses restent rares, mais leur gravité potentielle justifie une évaluation neurovasculaire attentive, en particulier du nerf fibulaire commun et de l'artère poplitée2.
Une fracture du plateau tibial à haute énergie (types IV à VI) peut s'accompagner d'un syndrome des loges — une augmentation dangereuse de la pression dans les muscles de la jambe. Une douleur qui s'aggrave de façon disproportionnée, un mollet tendu et une sensibilité anormale des orteils sont des signes qui imposent une consultation en urgence.
Radiographie, puis scanner
La radiographie standard du genou, de face et de profil, reste le premier examen : elle identifie la fracture et oriente déjà vers un type de Schatzker probable. Mais elle sous-estime fréquemment l'enfoncement réel et le nombre de fragments.
Le scanner, avec reconstructions dans les trois plans, est devenu l'examen de référence avant toute chirurgie : il mesure précisément la profondeur de l'enfoncement, compte les fragments et guide le choix de la voie d'abord chirurgicale2. Une IRM peut compléter le bilan à la recherche de lésions associées des ligaments croisés ou des ménisques, fréquentes en cas de traumatisme à haute énergie.
Le type de Schatzker décrit la forme et l'étendue de la fracture, mais ne remplace pas l'analyse des déplacements, des tissus mous, des lésions associées ni l'examen vasculo-nerveux, particulièrement important en cas d'atteinte médiale.
Suite de la prise en charge
- Types I à III, peu ou pas déplacés. Un traitement orthopédique (immobilisation, décharge) peut suffire lorsque l'enfoncement reste minime et la surface articulaire globalement respectée.
- Fracture déplacée ou enfoncement significatif. Une ostéosynthèse chirurgicale (plaque, vis, parfois comblement osseux de l'enfoncement) vise à restaurer une surface articulaire la plus régulière possible.
- Fractures déplacées, instables ou bicondylaires. Une fixation chirurgicale est fréquemment envisagée, en tenant compte du déplacement, de l'état de l'articulation et des tissus mous. Si ceux-ci sont trop abîmés, une stabilisation externe temporaire peut précéder la fixation définitive.
- Rééducation. Quel que soit le type, la reprise progressive de l'appui et de la mobilité du genou conditionne largement le résultat fonctionnel à long terme.
Références
- Schatzker J., McBroom R., Bruce D. — The tibial plateau fracture. The Toronto experience 1968-1975. Clinical Orthopaedics and Related Research, 1979. Article fondateur définissant les six types de la classification.
- Schatzker classification of tibial plateau fractures — Radiopaedia. Description des types, rôle du scanner et lésions associées.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie en traumatologie du genou.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images et du dossier complet peut interpréter une radiographie ou un scanner du genou, ou orienter une prise en charge chirurgicale.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 25 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 25 septembre 2026.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)