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Bodyscanner : ce que cet examen montre après un traumatisme

Dernière révision le 8 septembre 2026

Traumatisme grave Scanner corps entier Urgences Niveau : patient
Sur cette page
  1. Ce qu'est un bodyscanner de traumatisme
  2. Ce qu'il explore, région par région
  3. Les quatre urgences qu'il cherche d'abord
  4. Les mots du compte rendu
  5. Le grade d'une lésion d'organe
  6. Ce qu'il voit mal, même après un choc
  7. La dose de rayons, et pourquoi elle se justifie ici
  8. Références

Après un accident grave, le bodyscanner explore en quelques minutes la tête, le rachis, le thorax, l'abdomen et le bassin. Ce n'est pas un bilan de santé : c'est un examen d'urgence, fait pour trouver très vite les lésions qui mettent la vie en jeu. Voici ce qu'il cherche, et ce que veulent dire les mots que vous lirez ensuite sur le compte rendu.

À qui s'adresse cette page

Elle est écrite pour les personnes qui ont déjà passé cet examen — ou pour leurs proches — et qui cherchent à comprendre le compte rendu. Elle ne permet pas d'interpréter des images, et elle ne remplace pas les explications de l'équipe qui vous a pris en charge.

Ce qu'est un bodyscanner de traumatisme

Le principe est simple : plutôt que de faire une radiographie ici, une échographie là, puis un scanner ciblé s'il reste un doute, on explore tout le corps d'un seul coup, du sommet du crâne à la symphyse pubienne. L'acquisition dure quelques minutes ; l'interprétation commence pendant que les images arrivent.

Un produit de contraste est injecté dans une veine du bras. Il rend les vaisseaux visibles et, surtout, il permet de repérer une fuite de sang en train de se produire — le produit s'échappe alors du vaisseau et apparaît comme une tache blanche. C'est l'information la plus urgente que l'examen puisse donner.

Cette stratégie a une logique : chez un blessé grave, les lésions sont souvent multiples et certaines ne se manifestent pas encore. Un patient qui parle et se plaint seulement de sa jambe peut avoir une rate fracturée qui saigne. Le bodyscanner cherche ce qu'on ne soupçonne pas.

Ce qu'il explore, région par région

DU SOMMET DU CRÂNE À LA SYMPHYSE PUBIENNE Crâne Saignement dans ou autour du cerveau, fracture du crâne, œdème Rachis Fractures et déplacements des vertèbres, du cou au bas du dos Thorax Air ou sang dans la plèvre, contusion du poumon, côtes, aorte Abdomen Rate, foie, reins, pancréas, épanchement, saignement en cours Bassin Fractures du bassin, hématome, saignement des vaisseaux pelviens
Figure 1. Le champ exploré et les principales lésions recherchées dans chaque région. Les membres ne sont pas inclus dans l'acquisition : ils sont explorés séparément, une fois les urgences vitales écartées.

Les quatre urgences qu'il cherche d'abord

Le radiologue ne lit pas les images dans l'ordre où elles arrivent. Il cherche d'abord quatre choses, parce qu'elles peuvent imposer un geste dans les minutes qui suivent.

CE QUE LE RADIOLOGUE CHERCHE EN PREMIER Pneumothorax de l'air entre le poumon et la paroi PEUT ÊTRE DRAINÉ Épanchement de sang du liquide sombre autour des organes HÉMOPÉRITOINE Lacération d'organe une fente sombre traverse la rate, le foie ou un rein GRADÉE DE I À V Saignement actif le produit de contraste fuit hors du vaisseau LE PLUS URGENT
Figure 2. Représentations schématiques. Le fond noir figure l'air ou le liquide, le gris les organes. Le « saignement actif » — une tache blanche de produit de contraste sortie du vaisseau — est le signe qui change le plus vite la conduite : il peut conduire directement au bloc ou en salle d'embolisation.

Les mots du compte rendu

Le compte rendu d'un bodyscanner de traumatisme emploie un vocabulaire précis, souvent opaque pour qui le découvre. Voici les termes les plus fréquents.

Le vocabulaire du compte rendu de traumatisme
Ce qui est écritCe que cela décrit
ÉpanchementDu liquide là où il ne devrait pas y en avoir. Selon l'endroit, on parle d'hémopéritoine (dans le ventre), d'hémothorax (autour du poumon), d'hémopéricarde (autour du cœur).
ContusionUn organe meurtri mais dont la structure reste continue. Une contusion pulmonaire est la lésion thoracique la plus fréquente après un choc.
LacérationUne déchirure qui traverse le tissu de l'organe. Sa profondeur est mesurée : elle entre dans le calcul du grade.
Hématome sous-capsulaireDu sang collecté entre l'organe et son enveloppe, sans s'être répandu autour. On en mesure l'étendue en pourcentage de la surface de l'organe.
Extravasation de produit de contrasteLe terme technique du saignement actif : le produit injecté sort du vaisseau et se répand. C'est le signe le plus urgent du compte rendu.
Pseudo-anévrismeUne poche formée sur la paroi blessée d'une artère. Elle ne saigne pas encore, mais elle peut se rompre secondairement — d'où une surveillance rapprochée.
DévascularisationUne partie de l'organe ne reçoit plus de sang. On l'exprime en pourcentage du volume concerné.

Le grade d'une lésion d'organe

Si votre compte rendu mentionne une lésion de la rate, du foie ou d'un rein, il y associe presque toujours un chiffre romain, de I à V. Ce grade suit une échelle internationale, révisée en 2018, qui combine la taille de l'hématome, la profondeur de la déchirure et l'atteinte des vaisseaux.2

LES CINQ GRADES — EXEMPLE DE LA RATE Grade I petit hématome sous l'enveloppe Grade II déchirure de 1 à 3 cm Grade III déchirure de plus de 3 cm Grade IV vaisseau atteint, saignement contenu Grade V organe éclaté, saignement répandu Le grade décrit la lésion, pas la décision : c'est l'état du patient qui détermine s'il faut opérer, emboliser ou surveiller.
Figure 3. Progression schématique des grades sur l'exemple de la rate, d'après l'échelle de l'American Association for the Surgery of Trauma révisée en 2018.2 À partir du grade IV, l'atteinte d'un vaisseau ou un saignement actif entre dans la définition, quelle que soit la taille de la déchirure.

Une chose mérite d'être dite clairement, parce qu'un chiffre élevé inquiète : le grade n'est pas la décision. Beaucoup de lésions de grade III, et même certaines de grade IV, sont aujourd'hui surveillées sans chirurgie, parfois après une embolisation — un geste qui bouche le vaisseau qui saigne par l'intérieur, sans ouvrir. Ce qui commande, c'est l'état circulatoire du patient, pas le chiffre du compte rendu.

Ce qu'il voit mal, même après un choc

Le bodyscanner est très performant sur le saignement, l'air et l'os. Il l'est beaucoup moins sur trois catégories de lésions, qu'il faut connaître parce qu'elles peuvent se révéler plus tard.

  • Les lésions du tube digestif et du mésentère. Une perforation de l'intestin peut passer inaperçue sur le premier examen et ne se manifester qu'après plusieurs heures, par de la fièvre et un ventre douloureux.
  • Les ruptures du diaphragme, difficiles à voir dans les premières heures, parfois découvertes des semaines plus tard.
  • Les lésions des ligaments et des disques du rachis, que le scanner ne montre pas : c'est l'IRM qui les explore, une fois le patient stabilisé.

C'est la raison pour laquelle un premier bodyscanner normal n'arrête pas la surveillance, et pourquoi un second examen est parfois demandé à distance.

La dose de rayons, et pourquoi elle se justifie ici

Un bodyscanner délivre une dose de rayons X réelle, supérieure à celle d'un scanner ciblé sur une seule région. Dans un contexte de traumatisme grave, cette dose n'est pas le sujet : le risque immédiat d'une lésion non vue dépasse de très loin le risque différé lié aux rayons.

Cela dit, la question n'est pas tranchée pour tous les blessés. L'essai REACT-2, qui a comparé chez 1 083 traumatisés graves une stratégie de bodyscanner immédiat à une stratégie d'imagerie ciblée, n'a pas retrouvé de différence de mortalité hospitalière : 15,9 % contre 15,7 %.1 Le bodyscanner immédiat a en revanche raccourci le délai de diagnostic, de 58 à 50 minutes, au prix d'une dose un peu plus élevée.

Ce résultat n'est pas un argument contre l'examen — il est massivement utilisé, et à raison, chez les blessés les plus graves. Il rappelle simplement que la stratégie se choisit patient par patient, selon la gravité et le mécanisme du traumatisme, et non par automatisme.

Points clés

Le bodyscanner de traumatisme explore la tête, le rachis, le thorax, l'abdomen et le bassin en quelques minutes, à la recherche de ce qui met la vie en jeu : air dans la plèvre, sang dans le ventre, organe déchiré, saignement en cours. Le grade attribué à une lésion décrit son étendue, pas le traitement. Certaines lésions lui échappent — un examen normal ne met donc pas fin à la surveillance.

Références

  1. Sierink J.C. et coll. — Immediate total-body CT scanning versus conventional imaging and selective CT scanning in patients with severe trauma (REACT-2): a randomised controlled trial. The Lancet, 2016. 1 083 patients analysés ; mortalité hospitalière de 15,9 % contre 15,7 % (différence non significative) ; délai de diagnostic de 50 contre 58 minutes ; dose de rayons plus élevée dans le groupe bodyscanner immédiat.
  2. American Association for the Surgery of Trauma — Spleen Injury Scale, révision 2018. Grades I à V : hématome sous-capsulaire de moins de 10 %, de 10 à 50 %, de plus de 50 % ; lacération de moins de 1 cm, de 1 à 3 cm, de plus de 3 cm ; atteinte vasculaire ou saignement actif à partir du grade IV ; rate éclatée ou saignement répandu au grade V.
  3. Grading Abdominal Trauma: Changes in and Implications of the Revised 2018 AAST-OIS for the Spleen, Liver, and Kidney. RadioGraphics, 2023. Analyse de la révision 2018 et de la place donnée à l'atteinte vasculaire dans le grade.
  4. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Indications de l'imagerie chez le traumatisé grave.

Les grades et les chiffres cités décrivent des classifications et des groupes de patients étudiés ; ils ne prédisent rien pour un cas particulier. Cette page n'interprète aucun examen et ne remplace pas les explications de l'équipe qui vous a pris en charge.