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Votre radiographie, votre scanner ou votre IRM du rachis mentionne un tassement cunéiforme de L1, ou d'une autre vertèbre ? Cela signifie que le corps vertébral a perdu de la hauteur, surtout en avant, ce qui lui donne de profil une forme de coin. C'est une constatation très fréquente après 50 ans, le plus souvent liée à l'ostéoporose — mais c'est aussi une constatation qu'il faut toujours replacer dans son contexte.
Ce que le mot décrit
Trois formes, trois motsles comptes rendus emploient un vocabulaire précis selon la façon dont la vertèbre s'est affaissée2 :
- Cunéiforme — la hauteur est perdue en avant, l'arrière restant à peu près intact : la vertèbre prend une forme de coin. C'est la forme la plus fréquente.
- Biconcave — ce sont les plateaux, en haut et en bas, qui s'enfoncent en leur centre, donnant une vertèbre « en diabolo ».
- En galette, ou écrasement complet — toute la hauteur du corps vertébral est réduite.
La forme ne dit pas la gravitéla classification de référence précise elle-même que le type de déformation n'est pas lié au grade2. Un tassement cunéiforme n'est donc pas, en soi, plus ou moins sévère qu'un tassement biconcave : la sévérité se mesure séparément.
Les grades de Genant
C'est l'échelle utilisée dans le monde entier pour chiffrer la sévérité. Elle repose sur le pourcentage de hauteur perdue par rapport à une vertèbre normale1 :
En dessous de 20 % de perte de hauteur, on parle de grade 0, c'est-à-dire d'une vertèbre normale. Au-delà, les seuils sont 20 à 25 % pour le grade 1 (léger), 25 à 40 % pour le grade 2 (modéré) et plus de 40 % pour le grade 3 (sévère)1.
Les causes possibles
- L'ostéoporose — de très loin la première cause après 50 ans. L'os devient fragile et cède pour un effort minime, parfois sans aucun traumatisme : c'est ce qu'on appelle une fracture de fragilité. On estime qu'un quart des femmes de plus de 50 ans ont au moins un tassement vertébral3.
- Un traumatisme — chute de hauteur, accident : chez un sujet jeune à l'os normal, il faut une énergie importante.
- Une cause tumorale — métastase osseuse ou myélome. C'est la cause qu'il ne faut pas manquer, et c'est pour elle que le radiologue examine attentivement le reste de la vertèbre.
- Plus rarement — une infection du disque et de la vertèbre (spondylodiscite), ou, chez l'adolescent, une maladie de Scheuermann : plusieurs vertèbres légèrement cunéiformes avec une cyphose rigide. Ce n'est pas une fracture5.
Bénin ou tumoral : ce qui les distingue
C'est la question centrale, et l'IRM est l'examen qui y répond le mieux. Plusieurs signes orientent4 :
| Signe | Plutôt ostéoporotique | Plutôt tumoral |
|---|---|---|
| Signal médullaire | Anomalie en bande horizontale, signal normal conservé ailleurs dans la vertèbre | Remplacement complet et diffus du signal du corps vertébral |
| Pédicules | Respectés le plus souvent | Envahis — sur la radiographie de face, un pédicule disparaît : le « hibou qui cligne de l'œil » |
| Mur postérieur | Recul d'un fragment osseux, angulaire | Bombement convexe, expansif |
| Parties molles | Pas de masse | Masse paravertébrale ou épidurale associée |
| Signes propres | « Fluid sign » ; vide intrasomatique au scanner | Autres lésions ailleurs sur le rachis |
Ces critères ont chacun leurs limites. Le « fluid sign » n'est présent que dans 40 % des tassements ostéoporotiques récents — mais il ne se voit que dans 6 % des tassements tumoraux, ce qui en fait un bon argument quand il est là, et pas un argument contre quand il manque6. Un tassement bénin très récent peut par ailleurs mimer une tumeur, et le myélome peut prendre un aspect trompeusement bénin. La diffusion et l'imagerie en opposition de phase aident, sans lever tous les doutes4.
Récent ou ancien
L'IRM répond à une seconde question, tout aussi utile : ce tassement date-t-il d'hier ou d'il y a dix ans ? La réponse tient dans la présence d'un œdème de la moelle osseuse, visible sur les séquences STIR ou T2 avec saturation de la graisse.
Un œdème présent signe un tassement récent, non encore consolidé : c'est lui qui explique la douleur actuelle. Un œdème absent signe un tassement ancien et consolidé : la déformation est là, mais elle n'est probablement pas la cause de la douleur du jour, et il faut chercher ailleurs. Cette distinction commande aussi l'éligibilité à une cimentoplastie3.
La suite de la prise en charge
- Le traitement de la douleur. Antalgiques, kinésithérapie, parfois un corset pendant quelques semaines, et surtout une reprise de la marche aussi précoce que possible3.
- Le bilan d'ostéoporose. C'est le point le plus souvent négligé. Une fracture de fragilité doit déclencher une ostéodensitométrie et l'instauration d'un traitement : le meilleur prédicteur d'un prochain tassement est celui qui vient de se produire7.
- La cimentoplastie — vertébroplastie ou cyphoplastie — se discute dans les formes très douloureuses et récentes. Son bénéfice reste débattu : plusieurs essais contre placebo n'ont pas montré de supériorité, un autre en a montré une dans les trois premières semaines. Elle n'est donc pas systématique, et relève d'une sélection rigoureuse.
Des signes neurologiques — faiblesse d'un membre, troubles de la sensibilité, difficulté à uriner — imposent un avis immédiat. De même, une douleur qui réveille la nuit, des douleurs en plusieurs endroits du squelette, un amaigrissement inexpliqué ou un antécédent de cancer connu justifient un bilan rapide plutôt qu'une simple surveillance.
Références
- Vertebral Compression Fractures — StatPearls, NCBI Bookshelf. Grades de Genant, épidémiologie, localisation à la charnière thoraco-lombaire et principes de traitement.
- Assessing Vertebral Fractures — International Osteoporosis Foundation. Formes cunéiforme, biconcave et en galette, et indépendance entre le type de déformation et le grade.
- Vertebral Compression Fractures — prise en charge — StatPearls, NCBI Bookshelf. Fréquence après 50 ans, rôle de l'œdème médullaire en IRM et traitement conservateur.
- Review of the Imaging Features of Benign Osteoporotic and Malignant Vertebral Compression Fractures — American Journal of Neuroradiology, 2018 ; 39(9) : 1584. Signes IRM distinguant tassement bénin et tumoral, limites de la diffusion et de l'opposition de phase.
- Scheuermann Disease — StatPearls, NCBI Bookshelf. Critères diagnostiques et distinction avec un tassement fracturaire.
- Baur A. et al. — Diffusion-weighted MR imaging of bone marrow: differentiation of benign versus pathologic compression fractures. Radiology, 2002. Étude d'origine du « fluid sign » et de sa fréquence dans les tassements bénins et malins.
- NOGG Clinical Guideline for the Prevention and Treatment of Osteoporosis — National Osteoporosis Guideline Group. Prévention secondaire après une fracture de fragilité et place de l'ostéodensitométrie.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel. Les seuils et les signes décrits sont des repères issus de la littérature, appliqués à des populations et non à des cas particuliers ; seul le médecin disposant des images et du dossier complet peut interpréter un tassement vertébral et décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 24 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 24 septembre 2026 à 13 h 32.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)