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Le bras qui ne rentre plus tout à fait dans la manche, la bague qu’on n’arrive plus à retirer, une jambe lourde le soir et qui ne dégonfle plus vraiment le matin. Le lymphœdème commence souvent ainsi, sans douleur et sans bruit. C’est un gonflement chronique qui peut persister. Une prise en charge adaptée aide à en contrôler le volume et les symptômes ; l’évolution dépend de sa cause et de la situation de chaque personne.
femmes environ dans les cohortes prospectives développent un lymphœdème du bras après un cancer du sein ; le risque varie selon les traitements, notamment l’étendue du geste axillaire1
odds ratio observé entre lymphœdème de jambe et érysipèle dans une étude française (IC à 95 % très large : 5,6–908)2
pour le traitement : une phase intensive pour dégonfler, puis une phase d’entretien au long cours, selon l’évolution3
La lymphe, ce réseau qu’on oublie
Tout le monde connaît les artères et les veines. Moins connu, un troisième réseau court sous la peau : les vaisseaux lymphatiques. Ils récupèrent le liquide qui s’échappe des vaisseaux sanguins vers les tissus et le ramènent, par les ganglions, jusqu’à la circulation. Chaque jour, c’est plusieurs litres de liquide qui font ce trajet4.
Quand ce réseau est abîmé ou insuffisant, le liquide stagne dans les tissus. Le membre gonfle : c’est le lymphœdème. Avec le temps, ce liquide riche en protéines épaissit la peau et la graisse sous-cutanée, et le gonflement devient plus dur, moins réversible4,3.
Primaire ou secondaire
- Le lymphœdème secondaire est de loin le plus fréquent en France. Il survient après une atteinte du réseau lymphatique : chirurgie d’un cancer avec ablation de ganglions (sein, utérus, prostate, mélanome), radiothérapie, plus rarement infections répétées ou traumatisme3,1.
- Le lymphœdème primaire est rare. Le réseau lymphatique est insuffisant dès le départ, parfois pour une raison génétique. Il apparaît à la naissance, à l’adolescence ou plus tard, le plus souvent aux jambes3,4.
Dans le monde, la première cause reste une infection parasitaire transmise par les moustiques, la filariose lymphatique, devenue exceptionnelle dans les pays européens3.
Comment le reconnaître
Le début est souvent discret : une sensation de lourdeur, de tension, un vêtement ou une montre qui serre davantage d’un côté. Le gonflement commence volontiers par la main ou le pied, puis remonte. Au début, la pression du doigt laisse un creux ; plus tard, le tissu devient ferme4.
Un petit test aide le médecin aux pieds : le signe de Stemmer. Si l’on n’arrive pas à pincer la peau à la base du deuxième orteil, c’est en faveur d’un lymphœdème4,3.
| Stade | Ce que l’on observe |
|---|---|
| 0 | Réseau déjà fragilisé, sans gonflement visible ; parfois une lourdeur |
| I | Gonflement mou qui diminue quand on surélève le membre |
| II | Gonflement qui ne diminue plus vraiment au repos ; le tissu commence à durcir |
| III | Membre très augmenté de volume, peau épaissie, plis, parfois verrucosités |
Stades de la Société internationale de lymphologie, simplifiés3.
Le diagnostic
Il repose avant tout sur l’examen clinique et sur des mesures simples : le tour du bras ou de la jambe à plusieurs hauteurs, comparé au côté sain, permet de suivre l’évolution d’une consultation à l’autre3. Les examens complémentaires servent surtout à écarter autre chose, comme une phlébite, une insuffisance cardiaque ou rénale, ou à confirmer le diagnostic dans les cas douteux3,4.
Le traitement
Le traitement de référence s’appelle la physiothérapie décongestive complète. Elle se déroule en deux temps3.
Dégonflerpendant quelques semaines, un kinésithérapeute formé associe le drainage lymphatique manuel, des bandages peu élastiques posés en plusieurs couches, des exercices et des soins de peau. C’est la phase où le volume baisse le plus.
Entretenirensuite, le résultat se garde avec une compression portée la journée, manchon ou bas sur mesure, qui est la pièce maîtresse du traitement au long cours, avec de l’activité physique et des soins de peau réguliers3,5.
Les diurétiques ne sont généralement pas indiqués pour traiter un lymphœdème isolé ; leur emploi dépend d’autres maladies ou indications médicales. La chirurgie, qu’il s’agisse de dériver la lymphe vers les veines, de greffer des ganglions ou de retirer l’excès de graisse, se discute dans des centres spécialisés, pour des patients choisis3.
Ce que je dis le plus souvent aux patientes après un cancer du sein : n’attendez pas que le bras soit gros pour en parler. Une lourdeur, une bague qui serre, c’est le moment de consulter. Une évaluation précoce permet de discuter les soins adaptés et de limiter le risque d’aggravation ; parlez-en à votre équipe dès les premiers signes.
Le conseil du médecinVivre avec un lymphœdème
- Prendre soin de sa peau : hydrater, traiter vite les petites plaies, les mycoses entre les orteils, les piqûres. Un membre lymphœdémateux s’infecte plus facilement, et l’érysipèle aggrave à son tour le lymphœdème2,3.
- Bouger : l’activité physique n’est pas interdite, au contraire. Dans l’essai PAL, un renforcement musculaire progressif et encadré n’aggravait pas le lymphœdème du bras et réduisait même les poussées6.
- Surveiller son poids : le surpoids est un facteur d’aggravation reconnu3.
- Porter sa compression, surtout lors des longs trajets et en avion3.
Certaines précautions transmises de bouche à oreille, comme ne jamais prendre la tension ou faire une prise de sang du côté opéré, reposent sur peu de preuves solides. Le plus raisonnable est d’en parler avec son équipe, qui connaît le dossier.
Le lymphœdème est un gonflement chronique dû à un mauvais retour de la lymphe, le plus souvent après la chirurgie ou la radiothérapie d’un cancer. Il ne guérit pas seul, mais se contrôle bien avec la physiothérapie décongestive puis une compression portée au quotidien. Plus il est pris tôt, mieux il répond.
Références
- DiSipio T., Rye S., Newman B., Hayes S. — Incidence of unilateral arm lymphoedema after breast cancer: a systematic review and meta-analysis. The Lancet Oncology, 2013 ; 14(6) : 500-515.
- Dupuy A., Benchikhi H., Roujeau J.-C. et al. — Risk factors for erysipelas of the leg (cellulitis): case-control study. BMJ, 1999 ; 318 : 1591-1594.
- Executive Committee of the International Society of Lymphology — The diagnosis and treatment of peripheral lymphedema: 2020 consensus document of the International Society of Lymphology. Lymphology, 2020 ; 53(1) : 3-19.
- Grada A.A., Phillips T.J. — Lymphedema: pathophysiology and clinical manifestations. Journal of the American Academy of Dermatology, 2017 ; 77(6) : 1009-1020.
- Haute Autorité de santé — La compression médicale dans le traitement du lymphœdème. Fiche « Bon usage des technologies de santé ».
- Schmitz K.H., Ahmed R.L., Troxel A. et al. — Weight lifting in women with breast-cancer-related lymphedema. New England Journal of Medicine, 2009 ; 361 : 664-673.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Article rédigé le 4 octobre 2026 · Révisé et mis à jour le 4 octobre 2026 à 18 h 46.