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Cancer du sein triple négatif : ce qui a changé en 2026

Article rédigé le29 septembre 2026

Révisé et mis à jour le29 septembre 2026 à 15 h 57

Cancer du sein triple négatif Nouveautés 2026 IRM · TEP-scanner Niveau : patiente
Sur cette page
  1. Un cancer défini par ce qu'il n'a pas
  2. Au stade localisé : l'immunothérapie tient ses promesses
  3. Au stade métastatique : un changement de première ligne
  4. Les pistes qui arrivent
  5. Ce que cela change pour l'imagerie
  6. Références

Pendant longtemps, le cancer du sein triple négatif a été celui pour lequel on avait le moins à proposer : pas d'hormonothérapie possible, pas de traitement anti-HER2, et la chimiothérapie comme seule arme. Ces deux dernières années ont changé la donne. En 2026, les résultats à sept ans de l'immunothérapie au stade localisé et l'arrivée de nouveaux médicaments en première ligne métastatique ont modifié les standards.

Un cancer défini par ce qu'il n'a pas

On parle de cancer « triple négatif » quand la tumeur n'exprime ni récepteurs aux œstrogènes, ni récepteurs à la progestérone, ni la protéine HER2. Ces trois cibles étant absentes, les traitements qui les visent sont inefficaces. Il représente 10 à 15 % des cancers du sein, touche plus souvent les femmes jeunes, avant la ménopause, et les porteuses d'une mutation du gène BRCA11. En France, environ 9 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année2 ; au Maroc, une série de l'Institut national d'oncologie de Rabat en retrouvait 16,5 %, avec un âge médian de 46 ans3.

Une partie de ces tumeurs expriment tout de même un peu de HER2, sans atteindre le seuil habituel : on parle de « HER2-low ». Selon les séries, cela concerne entre un tiers et la moitié des cancers triple négatifs4, ce qui ouvre la porte à certains traitements ciblés.

85,1 %

de survie à 7 ans avec l'immunothérapie avant et après la chirurgie, contre 77,2 % sans5

23,7 mois

de survie médiane avec le Dato-DXd en première ligne métastatique, contre 18,7 mois6

22 mai

2026 : première autorisation d'un conjugué anti-TROP2 en première ligne métastatique, par la FDA7

Au stade localisé : l'immunothérapie tient ses promesses

Depuis l'essai KEYNOTE-522, le traitement standard d'un cancer triple négatif localisé à haut risque associe une chimiothérapie et du pembrolizumab, un médicament d'immunothérapie, avant la chirurgie, puis du pembrolizumab seul après. Ce schéma augmentait la proportion de tumeurs complètement détruites au moment de l'opération (64,8 % contre 51,2 %) et, en 2024, il avait montré un bénéfice de survie à cinq ans8.

La nouveauté 2026 est l'analyse finale, présentée à l'ASCO en mai, avec près de huit ans de recul sur 1 174 patientes. La survie à sept ans atteint 85,1 % contre 77,2 %, et la survie sans récidive 78,3 % contre 69,8 %5. Le bénéfice est retrouvé que la tumeur ait disparu ou non à l'opération. Il a un prix : des effets secondaires liés à l'immunothérapie chez 35 % des patientes (contre 13 %), dominés par les atteintes de la thyroïde5.

Pour les porteuses d'une mutation BRCAl'olaparib pendant un an après la chirurgie réduit le risque de rechute et de décès ; à six ans, la survie globale était de 87,5 % contre 83,2 %9.

Ce qui n'est pas encore tranchépeut-on arrêter l'immunothérapie après l'opération quand la tumeur a complètement disparu ? L'essai OptimICE-pCR est en cours10. Faut-il ajouter un conjugué anticorps-médicament quand il reste de la maladie ? Les essais ASCENT-05, TROPION-Breast03 et SASCIA n'ont pas encore rendu leurs résultats11,12,13.

Au stade métastatique : un changement de première ligne

C'est ici que 2026 marque une vraie rupture. Une nouvelle famille de médicaments, les conjugués anticorps-médicament, remplace la chimiothérapie classique en première ligne. Le principe : un anticorps reconnaît une protéine présente à la surface des cellules cancéreuses, ici TROP2, et y dépose directement une chimiothérapie très puissante. Deux molécules sont concernées, le sacituzumab govitécan (Trodelvy) et le datopotamab deruxtécan, ou Dato-DXd (Datroway).

Le choix dépend d'un marqueur mesuré sur la tumeur, le PD-L1 :

  • Tumeur PD-L1 positive (score CPS ≥ 10) : l'association sacituzumab govitécan et pembrolizumab allonge la survie sans progression à 11,2 mois contre 7,8 mois avec chimiothérapie et pembrolizumab (essai ASCENT-04)14. Les données de survie globale ne sont pas encore matures.
  • Tumeur PD-L1 négative, ou immunothérapie impossible : le sacituzumab govitécan seul fait mieux que la chimiothérapie (9,7 contre 6,9 mois sans progression, essai ASCENT-03)15. Le Dato-DXd aussi : 10,8 contre 5,6 mois sans progression, et surtout une survie globale allongée de 18,7 à 23,7 mois (essai TROPION-Breast02). C'est le premier médicament de cette famille à montrer un gain de survie globale dans cette situation6.
PREMIÈRE LIGNE MÉTASTATIQUE EN 2026 — LE RÔLE DU PD-L1 Cancer triple négatif métastatique test PD-L1 sur la tumeur PD-L1 POSITIF · CPS ≥ 10 Sacituzumab govitécan + pembrolizumab 11,2 mois sans progression contre 7,8 (essai ASCENT-04) Alternative : chimiothérapie + pembrolizumab PD-L1 NÉGATIF OU IMMUNOTHÉRAPIE IMPOSSIBLE Sacituzumab govitécan seul 9,7 mois sans progression contre 6,9 ou Dato-DXd 10,8 contre 5,6 mois sans progression ; survie globale 23,7 contre 18,7 mois
Figure 1. En 2026, le statut PD-L1 de la tumeur oriente le choix du traitement de première ligne. Les chiffres sont ceux des essais d'enregistrement ; la décision reste individuelle, prise en réunion de concertation. Schéma à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Aux États-Unis, la FDA a autorisé le Dato-DXd dans cette indication le 22 mai 2026, puis le sacituzumab govitécan, seul et associé au pembrolizumab, le 24 juin7,16. En Europe, la Commission européenne a suivi en juin, juillet et août17,18,19. En France, ces nouvelles indications sont autorisées au niveau européen ; leur prise en charge relève encore de l'évaluation par la Haute Autorité de santé.

Pour les tumeurs HER2-low, le trastuzumab deruxtécan reste une option après une chimiothérapie, avec un bénéfice net observé dans le petit groupe de tumeurs triple négatives de l'essai DESTINY-Breast0420.

Pour la première fois, le cancer triple négatif métastatique a plusieurs traitements de première ligne qui font mieux que la chimiothérapie seule. C'est la vraie nouvelle de 2026.

Le point de vue du radiologue

Les pistes qui arrivent

D'autres conjugués ciblant TROP2 sont en développement. Le sacituzumab tirumotécan, autorisé en Chine chez des patientes déjà traitées, a divisé par trois le risque de progression dans l'essai OptiTROP-Breast0121. Des anticorps dits bispécifiques, qui bloquent à la fois le frein immunitaire PD-1 et la formation de vaisseaux tumoraux (ivonescimab), donnent des réponses encourageantes dans des essais de phase 2, sans données de phase 3 à ce jour22.

La recherche d'ADN tumoral circulant dans le sang pour détecter une rechute avant qu'elle soit visible progresse aussi. Une étude publiée en août 2026 montre qu'elle repère les rechutes près de huit mois plus tôt23, mais on ne sait pas encore si agir plus tôt améliore la survie : dans une autre étude, la plupart des patientes avaient déjà des métastases au moment où le test devenait positif24.

Ce que cela change pour l'imagerie

L'IRM après le traitement préopératoireune étude multicentrique menée à l'Institut Curie sur 259 patientes montre qu'une disparition complète de la tumeur à l'IRM après chimio-immunothérapie prédit bien une réponse complète au microscope (valeur prédictive positive de 90 %)25. Mais l'IRM se trompe encore une fois sur quatre quand elle voit un reste de tumeur, et renoncer à la chirurgie sur la seule foi de l'IRM n'est envisagé que dans des essais.

Le TEP-scanner pour le bilandans les formes localement avancées, il découvre plus souvent des métastases que le bilan classique : 23 % contre 11 % dans l'essai PETABC26.

La surveillance sous traitementles dérivés du deruxtécan exposent à une atteinte pulmonaire interstitielle : le radiologue la recherche sur chaque scanner de suivi, parce qu'elle doit être reconnue tôt.

SCHÉMA RÉCAPITULATIF — DEUX ANS QUI ONT TOUT CHANGÉ sept. 2024 juin et oct. 2025 mai – juin 2026 juil. – août 2026 KEYNOTE-522 :gain de survieà 5 ans ASCENT-04 (ASCO),ASCENT-03 etTROPION-Breast02(ESMO) FDA : Dato-DXd (22 mai),sacituzumab (24 juin) ;KEYNOTE-522 à 7 ans Autorisationseuropéennescomplétées
Figure 2. Les étapes clés entre 2024 et 2026 : les grands essais, puis les autorisations en première ligne métastatique. Schéma récapitulatif à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.
À retenir

Au stade localisé, l'immunothérapie associée à la chimiothérapie confirme en 2026 un gain de survie à sept ans. Au stade métastatique, les conjugués anticorps-médicament ciblant TROP2 deviennent le traitement de première ligne, choisis selon le statut PD-L1 ; le Dato-DXd est le premier à allonger la survie globale. En France, l'accès à ces nouvelles indications est en cours d'évaluation.

Références

  1. American Cancer Society — Triple-negative Breast Cancer. cancer.org, révision du 24 juin 2026.
  2. Haute Autorité de santé — Cancer du sein triple négatif : la HAS autorise le Trodelvy en accès précoce. Communiqué, 2021.
  3. Rais G. et al. — BMC Women's Health, 2012 ; 12 : 35 — cancers du sein triple négatifs à l'Institut national d'oncologie de Rabat (980 patientes).
  4. Bar Y. et al. — npj Breast Cancer, 2025 ; 11 : 27 — fréquence et stabilité du statut HER2-low dans les cancers triple négatifs.
  5. KEYNOTE-522, analyse finale à 7 ans — ASCO 2026, résumé 507. Journal of Clinical Oncology, 2026 ; 44 (suppl. 16) : 507.
  6. Dent R. et al. — TROPION-Breast02. Annals of Oncology, 2026 ; présentation ESMO 2025.
  7. U.S. Food and Drug Administration — FDA approves datopotamab deruxtecan-dlnk for unresectable or metastatic triple-negative breast cancer. 22 mai 2026.
  8. Schmid P. et al. — Overall Survival with Pembrolizumab in Early-Stage Triple-Negative Breast Cancer. New England Journal of Medicine, 2024.
  9. Essai OlympiA, actualisation à 6 ans — San Antonio Breast Cancer Symposium 2024. The ASCO Post, janvier 2025.
  10. Alliance A012103 — OptimICE-pCR (NCT05812807). ClinicalTrials.gov.
  11. ASCENT-05 / OptimICE-RD — protocole de l'essai sacituzumab govitécan et pembrolizumab en cas de maladie résiduelle.
  12. AstraZeneca — TROPION-Breast03 (NCT05629585). ClinicalTrials.gov.
  13. German Breast Group — Essai SASCIA. gbg.de.
  14. Tolaney S.M. et al. — Sacituzumab govitecan plus pembrolizumab for advanced triple-negative breast cancer (ASCENT-04/KEYNOTE-D19). New England Journal of Medicine, 2026 ; 394(4) : 354-366.
  15. Cortés J. et al. — Sacituzumab govitecan in untreated advanced triple-negative breast cancer not eligible for PD-(L)1 inhibitors (ASCENT-03). New England Journal of Medicine, 2025.
  16. U.S. Food and Drug Administration — FDA approves sacituzumab govitecan-hziy monotherapy and in combination with pembrolizumab for first-line treatment. 24 juin 2026.
  17. Gilead — Autorisation européenne du Trodelvy en première ligne (patientes non éligibles aux inhibiteurs de PD-L1). 23 juin 2026.
  18. AstraZeneca — Datroway approuvé dans l'Union européenne dans le cancer du sein triple négatif. 31 juillet 2026.
  19. Gilead — Extension européenne du Trodelvy associé au pembrolizumab (PD-L1 CPS ≥ 10). 24 août 2026.
  20. DESTINY-Breast04 — trastuzumab deruxtécan dans les cancers du sein HER2-low métastatiques. The ASCO Post, 2022.
  21. Yin Y. et al. — Nature Medicine, 2025 ; 31 : 1969-1975 — essai OptiTROP-Breast01, sacituzumab tirumotécan.
  22. OncLive, 2024 — ivonescimab associé à la chimiothérapie en première ligne, résultats de phase 2 (ESMO 2024).
  23. JAMA Oncology, août 2026 — Cunningham et al., ADN tumoral circulant et risque de rechute (159 patientes).
  24. ESMO Breast Cancer 2026 — la place de la surveillance par ADN tumoral circulant reste incertaine (essai c-TRAK-TN).
  25. Ramtohul T. et al. — Radiology, 2025 ; 316(1) — IRM après chimio-immunothérapie néoadjuvante et prédiction de la réponse complète (259 patientes, Institut Curie).
  26. Essai PETABC — TEP-scanner au FDG contre bilan conventionnel dans le cancer du sein localement avancé. The ASCO Post, 2023.
  27. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 29 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 29 septembre 2026 à 15 h 57.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)