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Sur un compte rendu de scanner fait aux urgences, le mot « blush » surprend : c’est un terme anglais, et il n’a rien d’anodin. Il décrit une tache de produit de contraste qui s’échappe d’un vaisseau, autrement dit un saignement en train de se produire au moment de l’examen. C’est l’un des signes que le radiologue cherche en premier chez un blessé ou devant une hémorragie digestive, parce qu’il change souvent la suite de la prise en charge dans l’heure.
Ce que le mot désigne
Lors d’un scanner, on injecte dans une veine un produit de contraste iodé qui rend le sang très blanc sur l’image. Si une artère ou une veine est déchirée, ce sang blanc sort du vaisseau et forme une tache, souvent en jet ou en flaque, au milieu d’un hématome plus sombre. Sa densité est proche de celle de l’aorte, ce qui permet de la distinguer d’un caillot ou d’un fragment osseux. On parle aussi d’extravasation active de produit de contraste1,2.
À ne pas confondre avec l’extravasation au point d’injection, quand le produit fuit de la perfusion dans le bras : c’est un tout autre problème, généralement bénin.
Pourquoi on fait deux passages
Le scanner d’un traumatisé est souvent réalisé en deux temps : un passage précoce, au temps artériel, puis un second une minute plus tard, au temps portal. La comparaison des deux est ce qui rend le blush lisible. Un saignement actif s’agrandit et change de forme d’un temps à l’autre, parce que le sang continue de couler. Une lésion contenue, comme un pseudo-anévrisme (une poche branchée sur l’artère mais encore fermée), garde sa forme et pâlit au même rythme que l’aorte1,3.
Dans une étude de Boscak et collaborateurs sur des traumatismes de la rate, le temps portal repérait mieux le saignement actif que le temps artériel (93 % contre 70 % des cas), tandis que le temps artériel repérait bien mieux les pseudo-anévrismes (70 % contre 17 %). D’où la règle : les deux temps ensemble3.
Où on le cherche
- Après un traumatisme : rate, foie, rein, bassin. Un blush fait monter le grade de la lésion ; pour la rate, un saignement actif classe la blessure au moins en grade IV de l’échelle américaine AAST4,2.
- Devant une hémorragie digestive : l’angioscanner localise le saignement avant l’endoscopie ou l’embolisation. Une méta-analyse retrouve une sensibilité de 85 % et une spécificité de 92 %5.
- Sous anticoagulants : un hématome du muscle psoas ou de la paroi abdominale qui continue de saigner.
Ce que cela change
Un blush ne dit pas à lui seul qu’il faut opérer. Il dit que le saignement n’est pas arrêté. Chez un patient stable, la réponse est souvent l’embolisation : un radiologue interventionnel remonte un fin cathéter jusqu’à l’artère qui saigne et la bouche de l’intérieur. Chez un patient instable, c’est la chirurgie, sans attendre6,1.
Quand je vois un blush, je ne finis pas tranquillement mon compte rendu : je décroche le téléphone. Le chirurgien et le radiologue interventionnel doivent le savoir dans les minutes qui suivent, pas une heure après.
Le point de vue du radiologueLe blush vasculaire est une tache de produit de contraste qui sort d’un vaisseau : le signe d’un saignement actif au moment du scanner. Il se reconnaît parce qu’il grossit entre le temps artériel et le temps portal. Il impose une prise en charge rapide, le plus souvent par embolisation, ou par chirurgie si le patient est instable.
Références
- Hamilton J.D., Kumaravel M., Censullo M.L., Cohen A.M., Kievlan D.S., West O.C. — Multidetector CT evaluation of active extravasation in blunt abdominal and pelvic trauma patients. RadioGraphics, 2008 ; 28(6) : 1603-1616.
- Radiopaedia — AAST spleen injury scale. Radiopaedia.org, article de référence.
- Boscak A.R., Shanmuganathan K., Mirvis S.E. et al. — Optimizing trauma multidetector CT protocol for blunt splenic injury: need for arterial and portal venous phase scans. Radiology, 2013 ; 268(1) : 79-88.
- Kozar R.A., Crandall M., Shanmuganathan K. et al. — Organ injury scaling 2018 update: spleen, liver, and kidney. Journal of Trauma and Acute Care Surgery, 2018 ; 85(6) : 1119-1122.
- García-Blázquez V., Vicente-Bártulos A., Olavarria-Delgado A. et al. — Accuracy of CT angiography in the diagnosis of acute gastrointestinal bleeding: systematic review and meta-analysis. European Radiology, 2013 ; 23(5) : 1181-1190.
- Coccolini F., Montori G., Catena F. et al. — Splenic trauma: WSES classification and guidelines for adult and pediatric patients. World Journal of Emergency Surgery, 2017 ; 12 : 40.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Article rédigé le 3 octobre 2026 · Révisé et mis à jour le 3 octobre 2026 à 16 h 02.