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Gangrène de Fournier : une urgence du périnée que l'imagerie aide à cartographier

Article rédigé le27 septembre 2026

Révisé et mis à jour le27 septembre 2026 à 20 h 33

Gangrène de Fournier Fasciite nécrosante Échographie · Scanner Niveau : patient
Sur cette page
  1. Une urgence décrite en 1883
  2. Qui est concerné ?
  3. Pourquoi l'infection progresse si vite
  4. Les signes qui doivent alerter
  5. Ce que montre l'imagerie
  6. Un traitement d'abord chirurgical
  7. Le pronostic
  8. Références

En 1883, le médecin parisien Jean Alfred Fournier décrit chez cinq hommes jeunes une « gangrène foudroyante » des organes génitaux, au début brutal et à l'extension stupéfiante. Près d'un siècle et demi plus tard, la maladie qui porte son nom reste rare, mais elle demeure l'une des vraies urgences de la médecine : une infection qui chemine sous la peau plus vite que ce qu'elle laisse voir, et où chaque heure compte.

Une urgence décrite en 1883

Le premier récitun cas avait déjà été rapporté en 1764 par Baurienne. Mais c'est Fournier, en 1883, qui en fait une entité : une gangrène au début soudain, à l'extension rapide, survenant sans cause apparente chez des hommes en bonne santé1,2.

La définition actuellela gangrène de Fournier est une fasciite nécrosante du périnée et des organes génitaux externes : une infection des fascias, ces fines enveloppes fibreuses situées sous la peau, qui détruit les tissus sur son passage. Elle est polymicrobienne, associant plusieurs bactéries qui vivent avec ou sans oxygène3.

Une cause presque toujours retrouvéecontrairement à l'idée de Fournier, une porte d'entrée est identifiée dans environ 95 % des cas3 : colorectale dans 30 à 50 % (abcès ou fistule de la marge anale, par exemple), urogénitale dans 20 à 40 % (rétrécissement de l'urètre, infection urinaire, sonde), cutanée dans environ 20 % (plaie, furoncle, injection)4.

1,6

cas pour 100 000 hommes par an, et 3,3 entre 50 et 79 ans5

≈ 95 %

des cas ont une porte d'entrée identifiable : anale, urinaire ou cutanée3

≈ 1 sur 5

décès dans les revues de la littérature, avec de fortes variations selon les séries6

Qui est concerné ?

Surtout des hommes d'âge mûrdans une vaste étude de population américaine, l'incidence était de 1,6 cas pour 100 000 hommes par an, doublant entre 50 et 79 ans5. Les hommes sont environ dix fois plus touchés que les femmes7, mais la maladie existe aussi chez la femme, à partir de la vulve ou du périnée.

Un terrain souvent fragiliséle diabète est présent chez 20 à 70 % des malades, l'alcoolisme chez 20 à 50 %4. L'immunodépression, l'insuffisance rénale chronique et l'obésité sont d'autres facteurs de risque reconnus8.

Au Marocau CHU Hassan II de Fès, une série de 50 patients traités entre 2003 et 2009 retrouvait un âge moyen de 48 ans, un diabète chez 34 % des malades et une mortalité de 24 %2.

Et les médicaments du diabète de la famille des gliflozines ? En août 2018, l'agence américaine du médicament (FDA) a signalé 12 cas de gangrène de Fournier chez des patients traités par inhibiteurs de SGLT2, dont 7 hommes et 5 femmes9. Ce signal justifie une vigilance devant tout symptôme génital ou périnéal sous ce traitement ; les données publiées depuis n'ont pas établi de lien de causalité net10. Ce traitement ne doit jamais être interrompu sans avis médical.

Pourquoi l'infection progresse si vite

Des bactéries qui s'associentensemble, les germes provoquent une inflammation et une thrombose des petites artères situées sous la peau — une endartérite oblitérante. Privés de sang, la peau et le tissu graisseux se nécrosent, ce qui favorise à son tour la progression des bactéries4.

Des chemins anatomiques tout tracésl'infection suit des fascias qui se prolongent les uns les autres : fascia de Colles au périnée, dartos dans les bourses, fascia de Buck autour de la verge, fascia de Scarpa sur la paroi abdominale. Elle peut ainsi remonter vers le ventre, et progresser, dans les formes les plus agressives, jusqu'à 2 à 3 cm par heure4.

Des testicules le plus souvent épargnésleurs artères naissent directement de l'aorte, loin de la zone infectée : ils restent en général indemnes, même lorsque la peau des bourses est détruite4.

Schéma de face du bas-ventre et des organes génitaux montrant la progression de l'infection le long des fascias de Colles, du dartos, de Buck et de Scarpa, avec des testicules épargnés
Figure 1. L'infection naît le plus souvent au périnée et suit la continuité des fascias sous la peau : bourses, verge, puis paroi abdominale. Les testicules, irrigués directement par des artères issues de l'aorte, sont en règle épargnés. Schéma à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Les signes qui doivent alerter

Au début, des signes banalsgonflement et douleur des bourses ou du périnée, rougeur, fièvre. Le gonflement des bourses est retrouvé chez environ 79 % des malades, une crépitation sous la peau — une sensation de « neige » qui craque sous les doigts, due au gaz — chez environ 54 %7.

Un piège fréquentparce que l'aspect initial ressemble à une simple infection de la peau, jusqu'à trois quarts des cas seraient méconnus lors du premier examen7. Les lésions visibles en surface sont souvent en retard sur l'étendue réelle des lésions profondes.

Quand consulter en urgenceune douleur, une sensibilité, une rougeur ou un gonflement des organes génitaux ou de la région entre les organes génitaux et l'anus, associés à une fièvre au-delà de 38 °C ou à une sensation de malaise général, justifient une consultation sans délai : les symptômes peuvent s'aggraver très vite9.

Le diagnostic de gangrène de Fournier est d'abord clinique. L'imagerie en précise l'étendue, mais ne doit jamais retarder le bloc opératoire.

En une phrase

Ce que montre l'imagerie

Un principe d'abordla gangrène de Fournier est une urgence chirurgicale vraie11, et la mortalité est directement liée à la rapidité de la prise en charge chirurgicale8. Lorsque le diagnostic est évident à l'examen, on opère ; l'imagerie sert surtout quand le doute existe, ou pour mesurer l'étendue des lésions.

L'échographieréalisable au lit du malade, elle montre une paroi des bourses épaissie et œdématiée, et surtout des petits foyers très brillants correspondant à du gaz, suivis d'une ombre « sale ». Les testicules y apparaissent habituellement normaux11.

Le scannerc'est l'examen qui cartographie le mieux la maladie : épaississement asymétrique des fascias, infiltration de la graisse, bulles de gaz sous la peau — le signe le plus évocateur, mais pas toujours présent —, collections et abcès, porte d'entrée (un abcès près de l'anus, par exemple), et extension vers la paroi abdominale ou l'espace situé derrière le péritoine11. Dans l'ensemble des infections nécrosantes des tissus mous, sa sensibilité est estimée à 88,5 % et sa spécificité à 93,3 %, contre une sensibilité de seulement 48,9 % pour la radiographie standard12.

ExamenCe qu'il montreSa place
ÉchographieParoi des bourses épaissie, foyers de gaz, testicules normauxRapide, au lit, centrée sur les bourses
ScannerÉtendue exacte, gaz, collections, porte d'entrée, extension abdominaleExamen de référence pour cartographier, sans retarder la chirurgie
RadiographieGaz dans les tissus mous, parfoisPeu sensible : un cliché normal n'élimine rien
IRMTissus mous avec une grande finessePlus longue à obtenir, rarement utile en urgence
Schéma récapitulatif des quatre signes recherchés au scanner : épaississement asymétrique des fascias, gaz sous la peau, collection, porte d'entrée et extension
Figure 2. Les quatre éléments que le radiologue décrit au scanner devant une suspicion de gangrène de Fournier. Le compte rendu sert au chirurgien de carte des zones à explorer. Schéma récapitulatif à titre informatif, qui ne représente pas de vraies images radiologiques.

Les scores de gravitécertains scores aident les équipes, sans jamais remplacer l'examen. Le score LRINEC, fondé sur six analyses de sang, a une sensibilité poolée de seulement 68,2 % : un score faible n'élimine pas le diagnostic12. L'index de sévérité de Fournier (FGSI), décrit par Laor en 1995, associe signes vitaux et analyses : dans la série d'origine, un score supérieur à 9 correspondait à une probabilité de décès de 75 %, un score inférieur ou égal à 9 à une probabilité de survie de 78 %13.

Un traitement d'abord chirurgical

Trois gestes en même tempsréanimation pour corriger la déshydratation et les troubles biologiques, antibiotiques à large spectre, et surtout débridement chirurgical rapide : le chirurgien enlève tous les tissus nécrosés dès la première intervention3,8.

Souvent plusieurs interventionsdans 18 grandes séries internationales, les patients ont été opérés en moyenne 1,8 fois14 ; à Fès, 2,5 fois en moyenne2. Selon la porte d'entrée, une dérivation temporaire des selles (colostomie) ou des urines (cathéter au-dessus du pubis) peut être nécessaire pour protéger les plaies8.

L'oxygène hyperbareil peut être proposé en complément, mais son intérêt reste débattu en l'absence d'études contrôlées8.

La reconstruction, plus tardune fois l'infection maîtrisée, les plaies sont refermées ou couvertes, le plus souvent par des techniques simples : cicatrisation dirigée, suture, greffe de peau, parfois lambeau10.

Le pronostic

Une maladie encore graveune revue systématique de 6 152 cas publiés entre 1993 et 2018 retrouvait une mortalité de 19,8 %, sans amélioration nette en vingt-cinq ans6. Les chiffres varient beaucoup selon l'origine des données : 7,5 % dans l'étude de population américaine5, 7,3 % en moyenne dans 18 centres à fort volume, avec des extrêmes de 4,7 à 40,4 %14.

Ce qui aggrave le pronosticdans la série de Fès, un âge plus élevé, une insuffisance rénale, l'extension à la paroi abdominale, le choc septique et le recours à la ventilation étaient associés à une mortalité plus élevée2. Le délai avant la chirurgie reste le facteur sur lequel on peut le plus agir.

À retenir

La gangrène de Fournier est une infection nécrosante des enveloppes situées sous la peau du périnée et des organes génitaux. Rare, elle touche surtout l'homme d'âge mûr, volontiers diabétique, et part presque toujours d'une porte d'entrée anale, urinaire ou cutanée. Son diagnostic est clinique ; l'échographie et surtout le scanner en précisent l'étendue, sans jamais retarder la chirurgie. Le traitement associe réanimation, antibiotiques et débridement chirurgical en urgence. Douleur et gonflement génital avec fièvre imposent une consultation immédiate.

Références

  1. Life in the Fast Lane — Fournier gangrene. Rappel historique : Baurienne (1764) et Fournier J.A., Semaine médicale, 1883 : 345-347.
  2. Benjelloun E.B., Souiki T., Yakla N. et al. — Fournier's gangrene: our experience with 50 patients and analysis of factors affecting mortality. World Journal of Emergency Surgery, 2013 ; 8 : 13. Série du CHU Hassan II de Fès.
  3. Sarkis P., Farran F., Khoury R. et al. — Gangrène de Fournier : revue de la littérature récente. Progrès en Urologie, 2009 ; 19(2) : 75-84.
  4. Chennamsetty A., Khourdaji I., Burks F., Killinger K.A. — Contemporary diagnosis and management of Fournier's gangrene. Therapeutic Advances in Urology, 2015 ; 7(4) : 203-215.
  5. Sorensen M.D., Krieger J.N., Rivara F.P. et al. — Fournier's gangrene: population based epidemiology and outcomes. The Journal of Urology, 2009 ; 181(5) : 2120-2126.
  6. Radcliffe R.S., Khan M.A. — Mortality associated with Fournier's gangrene remains unchanged over 25 years. BJU International, 2020 ; 125(4) : 610-616.
  7. StatPearls — Fournier Gangrene. StatPearls Publishing, mise à jour régulière. Fréquence des signes cliniques et sex-ratio.
  8. Progrès en Urologie, 2014 ; 24 (suppl.) — Ferretti L. et al., mise au point française sur la prise en charge de la gangrène de Fournier.
  9. U.S. Food and Drug Administration — FDA warns about rare occurrences of a serious infection of the genital area with SGLT2 inhibitors for diabetes. Communication de sécurité, 29 août 2018.
  10. Current Urology Reports, 2025 — Koch et al., revue récente de la prise en charge de la gangrène de Fournier (inhibiteurs de SGLT2, oxygène hyperbare, reconstruction).
  11. Levenson R.B., Singh A.K., Novelline R.A. — Fournier gangrene: role of imaging. RadioGraphics, 2008 ; 28(2) : 519-528.
  12. Fernando S.M., Tran A., Cheng W. et al. — Necrotizing soft tissue infection: diagnostic accuracy of physical examination, imaging, and LRINEC score. A systematic review and meta-analysis. Annals of Surgery, 2019 ; 269(1) : 58-65.
  13. Laor E., Palmer L.S., Tolia B.M., Reid R.E., Winter H.I. — Outcome prediction in patients with Fournier's gangrene. The Journal of Urology, 1995 ; 154(1) : 89-92.
  14. Bowen D., Juliebø-Jones P., Somani B.K. — Global outcomes and lessons learned in the management of Fournier's gangrene from high-volume centres. World Journal of Urology, 2022 ; 40(10) : 2399-2410.
  15. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie en urgence.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; devant une douleur ou un gonflement génital avec fièvre, il faut consulter un service d'urgence sans attendre.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 27 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 27 septembre 2026 à 20 h 33.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)