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Probablement bénin. Deux mots souvent perçus comme rassurants, mais immédiatement suivis d'une consigne qui l'est moins : effectuer un suivi dans six mois.
Sur un compte rendu de mammographie ou d'échographie mammaire, la classification BI-RADS 3 (ou ACR 3) occupe une place particulière. Elle indique que l'anomalie détectée présente un risque de malignité extrêmement faible (inférieur à 2 %). Plutôt que de recourir d'emblée à une biopsie, les radiologues privilégient un suivi rapproché dans le temps pour s'assurer de la stabilité de la lésion.
Une image probablement bénigne
La définition américainela cinquième édition de l'atlas BI-RADS classe en catégorie 3 les images dont la probabilité de cancer est inférieure ou égale à 2 %, tout en restant supérieure au risque pratiquement nul d'une image typiquement bénigne2,3.
La définition françaisele texte de l'ANAES parle d'« une anomalie probablement bénigne pour laquelle une surveillance à court terme est conseillée ». Il ne donne ni pourcentage, ni délai chiffré1.
Ce que cela veut diresur cent femmes dont une image est classée ACR 3, quatre-vingt-dix-huit au moins n'ont pas de cancer. La surveillance sert à identifier, sans biopsie inutile, les rares images qui évolueraient.
de probabilité de cancer : c'est la définition même de la catégorie 32
de cancers dans la série fondatrice de Sickles, sur 3 184 images suivies trois ans4
de cancers à deux ans chez 43 628 femmes surveillées aux États-Unis5
Images ACR 3 en mammographie
Le texte français retient quatre aspects, qui ont en commun des contours nets, une forme régulière et l'absence de tout signe inquiétant1 :
- Un petit amas rond et isolé de microcalcifications rondes ou punctiformes, régulières ou pulvérulentes, peu nombreuses.
- Un petit amas rond ou ovale de calcifications amorphes, peu nombreuses, évoquant un adénofibrome qui commence à se calcifier.
- Une opacité bien circonscrite, ronde, ovale ou discrètement polycyclique, sans microlobulation, non calcifiée, qui n'est pas un kyste à l'échographie.
- Une asymétrie focale de densité aux limites concaves, ou mêlée à de la graisse.
Images ACR 3 en échographie
À l'échographie, la catégorie 3 regroupe surtout des images bien limitées, sans partie solide suspecte3 :
- Une masse solide ovale, bien limitée, plus large que haute, orientée parallèlement à la peau : c'est l'exemple le plus fréquent, l'aspect typique d'un adénofibrome.
- Un kyste dit « compliqué », dont le contenu est un peu échogène, sans partie solide visible.
- De petits microkystes groupés, sans composante solide.
- Des remaniements fibrokystiques, avec un tissu fibreux hétérogène et de petits kystes : le plus souvent classés bénins, ils peuvent être classés ACR 3 lorsque leur aspect est moins typique.
Et en IRMla catégorie 3 y est employée plus rarement, surtout pour de petits foyers de prise de contraste. Son usage y est plus délicat, en particulier chez les femmes à haut risque3,6.
Une catégorie qui suppose un bilan complet
Jamais sur une simple mammographie de dépistageune image repérée au dépistage ne doit pas être classée 3 d'emblée : elle impose d'abord un bilan diagnostic complet — clichés complémentaires, agrandissements, échographie3.
L'importance des anciens examensla comparaison avec les mammographies antérieures peut changer la classification : une opacité ovale régulière, déjà présente et inchangée sur des clichés anciens, peut être reclassée ACR 2, c'est-à-dire bénigne1. Apporter ses anciens examens n'est donc pas un détail.
ACR 3 ne demande pas d'agir vite, mais de revenir à temps : c'est la stabilité de l'image, contrôle après contrôle, qui confirme sa bénignité.
En une phraseLe calendrier de surveillance
Le schéma le plus répanduun premier contrôle à 6 mois, limité au sein concerné, puis des contrôles à 12 et 24 mois, qui englobent les deux seins et rejoignent le rythme du dépistage ; certains centres ajoutent un contrôle à 36 mois3,7,8. Une image restée stable deux ans, parfois trois, est alors reclassée bénigne (catégorie 2)3.
En Franceles pratiques varient : l'Assurance maladie évoque un contrôle « entre 3 et 6 mois »9, tandis qu'une mise au point française récente décrit un suivi à 6, 12 puis 24 mois10. Le compte rendu précise le délai retenu pour chaque patiente.
Revenir au rendez-vousc'est le point faible de la surveillance : dans une grande base de données américaine, seules 72,5 % des femmes sont revenues au contrôle de 6 mois5. Or c'est ce contrôle qui détecte la majorité des rares cancers : 57,8 % d'entre eux étaient diagnostiqués au plus tard à ce moment5.
Si l'image change
Ce qui fait changer de catégorietoute augmentation nette de taille ou l'apparition d'un signe suspect fait sortir l'image de la catégorie 3 et conduit à une biopsie3,11. En échographie, une croissance de plus de 20 % est le seuil le plus souvent retenu ; il vient d'une étude qui a montré qu'un adénofibrome peut varier naturellement d'environ 20 % en six mois12.
Grossir ne veut pas dire cancerune image qui grossit sans changer d'aspect est le plus souvent un adénofibrome qui évolue : dans les séries publiées, le taux de cancer est de 1,9 % en cas de croissance isolée, contre 16,8 % lorsque la croissance s'accompagne d'un changement d'aspect3.
| Critère | ACR 3 | ACR 4 |
|---|---|---|
| Signification | Probablement bénin | Anomalie suspecte ou indéterminée |
| Probabilité de cancer | 2 % ou moins | De plus de 2 % à moins de 95 % |
| Conduite | Surveillance à court terme | Prélèvement (biopsie) |
| Évolution attendue | Stabilité, puis retour en ACR 2 | Diagnostic apporté par l'analyse du tissu |
Quand une biopsie est proposée d'emblée
La biopsie reste une alternative légitime à la surveillance3. Elle se discute notamment :
- Lorsque l'attente est trop angoissante, ou que la patiente préfère une réponse immédiate.
- Chez les femmes à haut risque, par exemple porteuses d'une mutation BRCA, et avec prudence pendant la grossesse ou l'allaitement3.
- Après 60 ans : dans une vaste base de données, le taux de cancer des images classées 3 dépasse 2 % à partir de cet âge, et atteint 4,63 % entre 80 et 90 ans13.
- En présence d'un cancer déjà connu dans l'un des seins, situation où un taux de malignité de 9,6 % a été rapporté3.
BI-RADS 3 (ACR 3) signifie « probablement bénin » : moins de 2 % de risque de cancer. Une surveillance, le plus souvent à 6, 12 et 24 mois, vérifie que l'image reste stable ; si elle change, une biopsie est proposée. L'essentiel : revenir au contrôle prévu.
Références
- ANAES — Classification en six catégories des images mammographiques en fonction du degré de suspicion de leur caractère pathologique — correspondance avec le système BIRADS de l'American College of Radiology. Service des recommandations et références professionnelles, février 2002.
- American College of Radiology — ACR BI-RADS® Atlas, Breast Imaging Reporting and Data System. 5ᵉ édition, 2013, prolongée par la version BI-RADS v2025.
- Fazeli S., Stepenosky J., Guirguis M.S. et al. — Understanding BI-RADS Category 3. RadioGraphics, 2025 ; 45(1) : e240169.
- Sickles E.A. — Periodic mammographic follow-up of probably benign lesions: results in 3,184 consecutive cases. Radiology, 1991 ; 179(2) : 463-468.
- Berg W.A., Berg J.M., Sickles E.A. et al. — Cancer Yield and Patterns of Follow-up for BI-RADS Category 3 after Screening Mammography Recall in the National Mammography Database. Radiology, 2020 ; 296(1) : 32-41.
- Chikarmane S.A., Birdwell R.L., Poole P.S., Sippo D.A., Giess C.S. — Characteristics, Malignancy Rate, and Follow-up of BI-RADS Category 3 Lesions Identified at Breast MR Imaging. Radiology, 2016 ; 280(3) : 707-715.
- Chung C.S., Giess C.S., Gombos E.C. et al. — AJR, 2014 ; 202(4) : 922-927 — adhésion au suivi des images BI-RADS 3 et calendrier de surveillance à 6, 12, 24 et 36 mois.
- Sickles E.A. — Radiology, 1999 ; 213(1) : 11-14 — éditorial de référence sur la conduite à tenir devant les lésions probablement bénignes.
- Assurance maladie — Mammographie : déroulement et résultats. ameli.fr, mise à jour 2026.
- Ben Haj Amor M., Boulanger T., Ben Miled A. et al. — Lésions classées ACR 3 en mammographie. Imagerie de la Femme, 2022 ; 32(2-3) : 42-48.
- Lee K.A., Talati N., Oudsema R., Steinberger S., Margolies L.R. — BI-RADS 3: Current and Future Use of Probably Benign. Current Radiology Reports, 2018 ; 6(2) : 5.
- Gordon P.B., Gagnon F.A., Lanzkowsky L. — Radiology, 2003 ; 229(1) : 233-238 — croissance naturelle des adénofibromes à l'échographie et seuils de variation acceptables.
- Lee C.S., Berg J.M., Berg W.A. — Cancer Yield Exceeds 2% for BI-RADS 3 Probably Benign Findings in Women Older Than 60 Years in the National Mammography Database. Radiology, 2021 ; 299(3) : 550-558.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie mammaire.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter un examen ou décider de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 28 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 28 septembre 2026 à 20 h 50.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)