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« Tumeur de Krukenberg » est un nom qui prête à confusion : il ne désigne pas un cancer qui prend naissance dans l'ovaire, mais une métastase ovarienne — le plus souvent issue d'un cancer de l'estomac. Comprendre cette distinction change complètement la façon dont l'imagerie et le bilan sont orientés.
Devant une tumeur de Krukenberg, l'enjeu n'est pas de traiter l'ovaire isolément : c'est de retrouver la tumeur d'origine, ailleurs dans l'organisme, qui a essaimé jusqu'à lui. Toute la démarche d'imagerie découle de cette logique.
Une métastase, pas un cancer de l'ovaire
Décrite en 1896 par le gynécologue allemand Friedrich Ernst Krukenberg, cette tumeur a d'abord été prise pour un cancer primitif du tissu de soutien de l'ovaire. Il faudra quelques années pour comprendre qu'il s'agit en réalité d'une métastase1.
Le diagnostic repose sur l'analyse au microscope : la tumeur de Krukenberg contient des cellules « en bague à chaton » (signet ring cells), des cellules cancéreuses remplies de mucus qui refoulent leur noyau contre la membrane — un aspect caractéristique qui trahit une origine digestive, même lorsque le cancer initial n'a pas encore été identifié.
D'où vient la tumeur primitive
Dans la grande majorité des cas, la tumeur primitive se situe dans l'estomac — c'est le point de départ le plus fréquent, loin devant les autres. Viennent ensuite, par ordre de fréquence décroissante, le côlon, puis plus rarement le sein, l'appendice, la vésicule biliaire ou les voies biliaires1.
Ce que montre l'imagerie
À l'échographie, la tumeur de Krukenberg se présente typiquement comme une masse ovarienne solide, de taille moyenne à volumineuse, aux contours réguliers, avec une vascularisation modérée au Doppler. Au scanner, elle apparaît solide ou solido-kystique, de densité hétérogène, avec un réhaussement modéré après injection de produit de contraste.
C'est à l'IRM qu'un signe assez évocateur peut être observé : le stroma fibreux dense qui caractérise cette tumeur lui donne souvent un signal bas en séquence T2, y compris dans ses portions solides — un aspect parfois appelé « T2 dark sign ». Ce signe n'est pas spécifique à lui seul, mais il oriente, en particulier lorsque les deux ovaires sont atteints2.
Pourquoi presque toujours bilatérale
Dans 80 à 90 % des cas, les deux ovaires sont atteints simultanément1. Cette bilatéralité s'explique par la richesse de la vascularisation et du drainage lymphatique des ovaires chez la femme en période d'activité génitale, qui offrent plusieurs voies de propagation aux cellules cancéreuses : par voie lymphatique rétrograde, par voie sanguine, ou par dissémination péritonéale (les cellules flottent dans la cavité abdominale et se déposent sur la surface de chaque ovaire). Ces trois mécanismes peuvent coexister, ce qui explique que les deux ovaires soient le plus souvent touchés de façon presque simultanée.
Une atteinte ovarienne bilatérale, solide, chez une femme ayant un antécédent — connu ou non — de cancer digestif, doit faire évoquer en priorité une tumeur de Krukenberg plutôt qu'un second cancer indépendant.
La démarche du radiologue
Devant des masses ovariennes bilatérales solides évocatrices, la démarche associe la caractérisation de l'atteinte ovarienne à la recherche active de la tumeur primitive :
- Caractérisation des masses ovariennes par échographie puis IRM pelvienne, souvent à l'aide du score O-RADS pour structurer le compte rendu.
- Recherche de la tumeur primitive, en premier lieu par une endoscopie digestive haute (gastroscopie) devant la fréquence des origines gastriques.
- Bilan d'extension par scanner thoraco-abdomino-pelvien, à la recherche d'autres localisations secondaires — péritoine, foie, ganglions.
- Confrontation anatomo-clinique : le diagnostic définitif repose sur l'analyse au microscope d'un prélèvement, mettant en évidence les cellules en bague à chaton.
La tumeur de Krukenberg est une métastase ovarienne, le plus souvent d'origine gastrique, et non un cancer primitif de l'ovaire · elle est bilatérale dans 80 à 90 % des cas, du fait de plusieurs voies de propagation possibles · l'IRM montre souvent un stroma fibreux dense de signal T2 bas, un signe évocateur mais non spécifique à lui seul · devant une atteinte ovarienne bilatérale solide, la priorité est de rechercher la tumeur primitive, en premier lieu par endoscopie digestive.
Limites de cet article
- Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas l'interprétation d'un examen par un radiologue ni l'avis d'un oncologue.
- Il ne détaille pas les modalités de traitement, qui dépendent du stade et de la tumeur primitive identifiée.
- Toute masse ovarienne suspecte nécessite un avis médical spécialisé et une prise en charge multidisciplinaire.
Références
- Krukenberg tumour — Radiopaedia. Définition, origine métastatique, épidémiologie et aspects en imagerie.
- O-RADS — American College of Radiology. Système standardisé de caractérisation et de compte rendu des masses annexielles en imagerie.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie en oncologie digestive et pelvienne.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin ayant accès au dossier complet du patient peut interpréter une imagerie pelvienne ou orienter une prise en charge oncologique.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 17 septembre 2026 à 10 h 33 · Révisé et mis à jour le 17 septembre 2026 à 10 h 33.
Signé : Dr Farid Aassouani