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Une tête qui grandit un peu vite sur la courbe du carnet de santé, une échographie à travers la fontanelle, puis ce sigle anglais sur le compte rendu : BESS. Derrière ces quatre lettres se cache le plus souvent une situation bénigne et transitoire, fréquente chez les petits garçons, qui se corrige d'elle-même avec la croissance. Encore faut-il s'assurer qu'elle ne cache rien d'autre.
Ce que désigne BESS
Le sigleBESS vient de l'anglais benign enlargement of the subarachnoid spaces : élargissement bénin des espaces sous-arachnoïdiens. Les textes français parlent d'expansion des espaces sous-arachnoïdiens (EESA) ; on disait autrefois « hydrocéphalie externe bénigne du nourrisson »1. Les espaces sous-arachnoïdiens sont la fine couche de liquide cérébrospinal qui entoure le cerveau, entre sa surface et ses enveloppes.
La définitionelle associe une tête large ou qui grandit trop vite, des espaces sous-arachnoïdiens élargis en avant du cerveau, des ventricules normaux ou à peine dilatés, et l'absence de toute autre cause2. Dans l'étude norvégienne de référence, la tête devait dépasser le 97,5e percentile ou franchir deux couloirs de la courbe3.
Pas de BESS sans grosse têtelorsque le périmètre crânien est normal, petit, ou qu'il ralentit, des espaces élargis orientent vers une autre explication, comme une perte de volume du cerveau : ce n'est plus un BESS4.
naissances vivantes : l'incidence mesurée dans une étude de population en Norvège3
âge moyen au moment où l'enfant est adressé pour une grosse tête3
Un profil typiquel'élargissement se découvre le plus souvent entre 3 et 12 mois, avec un pic vers 7 mois, chez un nourrisson qui se développe normalement4. Un parent au moins a lui-même une grosse tête dans environ 40 % des cas2.
Pourquoi ces espaces s'élargissent
Une résorption encore immaturele liquide cérébrospinal est réabsorbé dans le sang par de petites structures, les villosités arachnoïdiennes, qui n'arrivent à maturité que vers l'âge de 18 mois. Avant cet âge, elles ne suivraient pas toujours le rythme de production du liquide ; le crâne du nourrisson, encore souple, s'agrandit alors pour faire de la place2.
D'autres hypothèsesun crâne qui grandit transitoirement plus vite que le cerveau, ou un écoulement veineux moins efficace, ont aussi été proposés4. Certaines formes sont familiales2.
Ce qu'il faut écarterquelques maladies rares peuvent associer grosse tête et espaces élargis, comme l'achondroplasie, le syndrome de Sotos, l'acidurie glutarique de type 1 ou certaines craniosténoses ; c'est l'un des rôles de l'examen clinique2.
L'échographie transfontanellaire, premier examen
Une fenêtre naturelletant que la fontanelle antérieure est ouverte, la sonde d'échographie y est posée comme sur une fenêtre, sans rayons ni sédation. C'est l'examen de première intention ; lorsqu'il montre un aspect typique chez un enfant qui se développe bien et sans complication, un scanner ou une IRM ne sont pas nécessaires. Si un second examen s'impose, l'IRM est préférée au scanner5.
Des mesures, mais pas de seuil universell'étude la plus citée, menée chez 89 nourrissons en bonne santé, fixe les limites hautes à 3 mm pour la distance sinocorticale, 4 mm pour la distance craniocorticale et 6 mm pour la largeur interhémisphérique6. Mais les limites publiées varient beaucoup d'une étude à l'autre, et la largeur normale augmente jusqu'à 7 mois environ avant de diminuer2. Il n'existe pas de valeur seuil établie : de nombreux auteurs parlent d'espaces élargis au-delà de 5 mm et nettement élargis au-delà de 10 mm4.
| Mesure | Ce qu'elle évalue | Limite haute (1992) |
|---|---|---|
| Sinocorticale | Distance entre le sinus veineux de la ligne médiane et la surface du cerveau | 3 mm |
| Craniocorticale | Distance entre la face interne du crâne et la surface du cerveau | 4 mm |
| Interhémisphérique | Largeur de la fente entre les deux hémisphères | 6 mm |
Le signe de la veine corticaleen Doppler couleur, on voit de petites veines traverser le liquide, de la surface du cerveau vers ses enveloppes : le liquide se trouve alors dans l'espace sous-arachnoïdien. Lorsqu'une collection s'est formée sous la dure-mère, elle repousse au contraire ces veines contre le cerveau7. Ce signe indique où se trouve le liquide, pas qu'il est bénin : dans l'étude d'origine, il était aussi présent en cas d'atrophie ou de méningite7.
À l'IRMdans le BESS, le liquide forme un seul compartiment, qui a partout l'aspect du liquide cérébrospinal ; une collection sous-durale se présente au contraire comme au moins deux compartiments d'aspect différent4.
| Critère | Espaces sous-arachnoïdiens élargis | Collection sous-durale |
|---|---|---|
| Veines corticales | Traversent le liquide | Repoussées contre le cerveau |
| Membrane | Aucune | Ligne fine visible entre deux couches de liquide |
| Contenu | Liquide clair, homogène | Parfois plus dense, échogène |
| IRM | Un seul compartiment | Au moins deux compartiments d'aspect différent |
| Effet de masse | Aucun | Possible |
La question des collections sous-durales
Ce que disent les chiffresdes collections sous-durales sont décrites chez certains nourrissons porteurs d'un BESS : 18 sur 311 (5,8 %) dans une série américaine, soit un risque environ 3,7 fois plus élevé que chez les autres enfants explorés pour une grosse tête8 ; 4 sur 177 (2,3 %) dans une autre, dont un enfant présentait des fractures de côtes en voie de consolidation9. En regroupant 14 études, la fréquence moyenne est de 7,5 %, avec des écarts de 0 à 42 % selon les séries4. On a proposé que les petites veines qui traversent un espace élargi soient plus étirées, donc plus fragiles2.
Deux lectures de la littératureun groupe d'experts européens en radiologie pédiatrique, dont une radiologue française, estime qu'en présence d'une collection sous-durale, une maltraitance ne peut être ni affirmée ni écartée sans bilan complémentaire : radiographies de tout le squelette, répétées au cours du suivi, même si le fond d'œil est normal. Parmi les enfants de ces séries qui avaient été explorés, 33,7 % présentaient d'autres lésions, fractures ou hémorragies de la rétine4. En France, la Haute Autorité de santé considère, de son côté, qu'aucun argument de la littérature ne permet d'affirmer que l'EESA favorise l'hématome sous-dural du nourrisson ; elle évoque même l'hypothèse inverse, selon laquelle des espaces élargis pourraient être la séquelle d'un traumatisme crânien antérieur passé inaperçu1.
En pratiqueles deux lectures convergent sur un point : un hématome sous-dural chez un nourrisson ne s'explique jamais par le seul BESS sans que l'enfant ait eu un bilan complet1,4. Cette démarche ne vise pas à soupçonner les parents ; elle protège l'enfant, et permet aussi, le plus souvent, de les rassurer.
Un BESS isolé, chez un nourrisson qui va bien, est une variante transitoire. Une collection sous-durale, elle, appelle toujours un bilan complet.
En une phraseÉvolution et suivi
La tête se stabilisela croissance du périmètre crânien ralentit habituellement avant 18 mois, puis suit une courbe parallèle à la normale, souvent au-dessus du 95e à 98e percentile. Une tête qui reste grosse est fréquente et sans conséquence : de 11 % à 87 % des enfants selon les études2.
Les espaces se normalisentle plus souvent vers l'âge de 2 à 3 ans2,4.
Le développementun léger retard, surtout moteur, est possible : dans une série de 480 enfants, 32 % avaient un retard d'acquisition, qui avait disparu chez 86 % d'entre eux vers 22 mois en moyenne10.
Le suiviil repose sur la mesure régulière du périmètre crânien et sur la surveillance du développement. Une nouvelle imagerie n'est utile que si la courbe s'écarte, si l'examen neurologique devient anormal ou si les acquisitions ralentissent5.
Le traitementc'est la simple surveillance ; aucun essai n'a comparé traitement et abstention2. Une dérivation chirurgicale du liquide est exceptionnelle — 3 enfants sur 39 dans une série suivie à long terme —, réservée aux signes d'hypertension intracrânienne ou à une collection compliquée11. L'acétazolamide, utilisé autrefois, n'a pas fait la preuve de son efficacité5.
Les signes qui doivent faire consulter
Ces signes ne font pas partie du BESS habituel ; ils imposent un avis médical rapide, car ils peuvent traduire une pression trop élevée dans le crâne ou une collection que l'échographie aurait pu ne pas voir2,4 :
- Une fontanelle tendue ou bombante, en dehors des pleurs.
- Des vomissements répétés, une irritabilité inhabituelle, ou au contraire une somnolence.
- Une courbe de périmètre crânien qui continue d'accélérer au lieu de se stabiliser.
- Un retard ou une perte d'acquisitions, ou un examen neurologique anormal.
- Un regard « en coucher de soleil » : ce signe n'a jamais été décrit dans le BESS et doit faire chercher une autre cause2,5.
Le BESS associe, chez un nourrisson, une tête large ou qui grandit vite et un élargissement du liquide qui entoure l'avant du cerveau, sans autre cause. Il touche surtout les garçons, souvent dans des familles où l'on a une grosse tête, et se découvre vers 7 mois. L'échographie par la fontanelle suffit le plus souvent ; les espaces se normalisent en général vers 2 à 3 ans, sans traitement. Une collection sous-durale ou un signe d'alerte n'entrent pas dans ce cadre et imposent un bilan complet.
Références
- Haute Autorité de santé, Société française de médecine physique et de réadaptation — Syndrome du bébé secoué ou traumatisme crânien non accidentel par secouement. Recommandations de bonne pratique, juillet 2017, § 5.1.
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- Raissaki M., Adamsbaum C., Argyropoulou M.I. et al. — Benign enlargement of the subarachnoid spaces and subdural collections — when to evaluate for abuse. Pediatric Radiology, 2023 ; 53 : 752-767.
- Iranian Journal of Child Neurology, 2018 — Khosroshahi N., Nikkhah A., revue sur l'élargissement bénin des espaces sous-arachnoïdiens du nourrisson : diagnostic, imagerie et suivi.
- Libicher M., Tröger J. — US measurement of the subarachnoid space in infants: normal values. Radiology, 1992 ; 184 : 749-751.
- Chen C.Y., Chou T.Y., Zimmerman R.A. et al. — Pericerebral fluid collection: differentiation of enlarged subarachnoid spaces from subdural collections with color Doppler US. Radiology, 1996 ; 201 : 389-392.
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- McKeag H., Christian C.W., Rubin D. et al. — Subdural hemorrhage in pediatric patients with enlargement of the subarachnoid spaces. Journal of Neurosurgery: Pediatrics, 2013 ; 11 : 438-444.
- Holste K.G., Wieland C.M., Ibrahim M. et al. — Subdural hematoma prevalence and long-term developmental outcomes in patients with benign expansion of the subarachnoid spaces. Journal of Neurosurgery: Pediatrics, 2022 ; 29 : 536-542.
- Journal of Neurosurgery, 2007 — Hellbusch L.C., suivi à long terme de 39 nourrissons présentant des collections liquidiennes péricérébrales bénignes.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie pédiatrique.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le pédiatre ou le médecin disposant de l'examen de l'enfant, de sa courbe de croissance et des images peut juger de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 27 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 27 septembre 2026 à 20 h 33.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)