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Sur un compte rendu d'écho-Doppler veineux, la phrase « présence d'une veine de Giacomini » intrigue souvent. Elle ne signale ni une thrombose, ni une malformation : elle nomme un trait d'anatomie, présent chez la majorité d'entre nous. La question utile n'est pas de savoir si cette veine existe, mais si elle fonctionne bien.
Un nom d'anatomiste pour une veine de la cuisse
L'éponymeen 1873, l'anatomiste italien Carlo Giacomini décrit, à partir de la dissection de 51 membres, une veine qui prolonge la petite veine saphène vers le haut de la cuisse et la relie souvent à la grande veine saphène1,2.
Le nom officielle consensus international sur la nomenclature des veines des membres inférieurs, publié en 2002 et mis à jour en 2005, parle de prolongement crânial de la petite veine saphène3. Le terme « veine de Giacomini » reste employé pour la forme la plus fréquente de ce prolongement : celle qui rejoint la grande veine saphène par la veine circonflexe postérieure de la cuisse4. Les recommandations européennes la décrivent comme une veine « intersaphène », qui unit les deux réseaux superficiels5.
Où passe-t-elle ?
Un trajet à l'arrière de la cuisseelle naît au niveau du creux du genou, dans le prolongement de la petite veine saphène, puis remonte sous le fascia superficiel, dans le sillon qui sépare les muscles ischio-jambiers internes du biceps de la cuisse6.
Une terminaison variableelle peut se terminer dans des veines superficielles de la cuisse, dans une veine perforante qui rejoint le réseau profond, ou dans la grande veine saphène : c'est alors le « complexe de Giacomini »6. En sa présence, la jonction saphéno-poplitée peut exister ou manquer5.
Une variante très fréquente
des membres possèdent un prolongement de la petite saphène à la cuisse, selon les données anatomiques6
des membres examinés à l'écho-Doppler avaient une veine de Giacomini7
seulement de ces veines étaient incontinentes, contre 53,3 % des troncs saphènes7
À l'écho-Dopplerdans l'étude de référence de Delis, une veine de Giacomini a été retrouvée sur 212 des 301 membres examinés ; elle s'arrêtait au tiers inférieur de la cuisse dans 8 % des cas, au tiers moyen dans 47,6 % et au tiers supérieur dans 44,3 %7. Une étude récente retrouve des proportions voisines : 73,95 % de 238 membres, avec une jonction à la grande saphène dans 73,3 % des veines identifiées4.
Une réserveselon les auteurs, « veine de Giacomini » désigne tantôt tout prolongement de la petite saphène vers la cuisse, tantôt seulement celui qui rejoint la grande saphène. Les pourcentages ne sont donc pas strictement comparables d'une étude à l'autre.
Dans l'immense majorité des cas, la veine de Giacomini n'est pas une maladie : c'est une manière d'être construit.
En une phraseCe que regarde l'écho-Doppler
La reconnaîtresur une coupe transversale de l'arrière de la cuisse, sa partie basse chemine dans un petit compartiment triangulaire, limité par le semi-tendineux en dedans, le chef long du biceps en dehors et le fascia superficiel en surface — l'équivalent de l'« œil saphène » qui permet de reconnaître les troncs saphènes6.
Mesurer le refluxle radiologue ou l'angiologue comprime le mollet puis relâche, ou demande une manœuvre de poussée, et observe le sens du sang. Un reflux est considéré comme anormal au-delà de 0,5 seconde dans les veines superficielles, et au-delà d'une seconde dans les veines fémorales et poplitée5.
Préciser la directionle sang peut refluer vers le bas depuis la grande saphène, ou remonter vers la cuisse depuis la petite saphène : cette direction change la stratégie de traitement8,9. C'est pourquoi une cartographie complète par écho-Doppler est indispensable avant tout geste sur les varices2.
Quand elle devient incontinente
Une situation peu fréquentedans l'étude de Delis, la présence d'une veine de Giacomini n'influençait ni l'étendue ni la gravité de l'insuffisance veineuse, et la veine n'était incontinente que dans 4,7 % des membres qui en possédaient une7. Dans une étude récente, un reflux y était retrouvé dans 8,5 % des cas, tous chez des patients porteurs de varices4.
Chez les personnes qui ont des varicessur 1 226 membres variqueux, le prolongement de la petite saphène était impliqué dans 6,2 % des cas au total — 0,7 % lorsque seule la grande saphène refluait, 16,7 % lorsque seule la petite saphène refluait, et 28,3 % lorsque les deux étaient incontinentes1.
Deux sens possiblesdans une série de 18 membres traités, le reflux venait de la grande saphène et descendait dans 89 % des cas ; dans 11 %, le sang remontait depuis la jonction saphéno-poplitée9. Une autre série de 17 membres retrouvait une répartition plus variée : reflux venu de la grande saphène dans 47 %, venu de la petite saphène dans 6 %, des deux dans 12 %, d'une perforante dans 18 %, et isolé dans 18 %8.
Des varices « paradoxales »lorsque le reflux remonte vers la cuisse, contre la pesanteur, il peut alimenter des varices dont l'origine surprend. Une veine de Giacomini peut aussi être incontinente alors que les deux troncs saphènes fonctionnent normalement2.
| Critère | Veine continente | Veine incontinente |
|---|---|---|
| Écho-Doppler | Pas de reflux, ou reflux de moins de 0,5 s | Reflux de plus de 0,5 s, vers le bas ou vers le haut |
| Signification | Variante normale de l'anatomie | Participe à une insuffisance veineuse superficielle |
| Fréquence | Situation de loin la plus fréquente | Quelques pourcents des veines de Giacomini |
| Conduite | Aucun traitement | Traitement discuté selon les symptômes et la cartographie complète |
Faut-il la traiter ?
Veine continente : nonune veine de Giacomini qui fonctionne normalement est une variante anatomique ; elle n'appelle aucun traitement. Delis concluait même qu'il n'est pas justifié de la rechercher systématiquement, mais qu'il faut l'examiner lorsque la petite veine saphène est incontinente7.
Veine incontinente et varices gênantesle traitement s'intègre à celui de l'ensemble du réseau. Dans une série de 18 membres, le laser endoveineux a obtenu un succès technique de 100 %, avec une veine toujours fermée à 12 mois et sans complication majeure9. Une autre série, associant laser et sclérothérapie à la mousse, rapporte des gestes tous réussis et une seule récidive, dans le groupe mousse, retraitée avec succès10. Une approche ciblée, limitée aux seules veines incontinentes, a permis de préserver tout ou partie de la grande saphène dans 58 % des cas8.
Des données encore limitéesces résultats reposent sur de petites séries. Le choix du geste — laser, radiofréquence, mousse, chirurgie — relève de l'angiologue ou du chirurgien vasculaire, à partir de la cartographie écho-Doppler.
La veine de Giacomini prolonge la petite veine saphène vers l'arrière de la cuisse et la relie souvent à la grande veine saphène. Elle est présente chez la majorité des personnes et, dans l'immense majorité des cas, fonctionne normalement : c'est une variante anatomique, sans conséquence et sans traitement. Plus rarement, elle devient incontinente et peut alimenter des varices ; l'écho-Doppler en précise alors le sens du reflux, et un traitement ciblé se discute s'il existe une gêne.
Références
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- Natsis K., Paraskevas G., Lazaridis N., Sofidis G., Piagkou M. — Giacomini vein: thigh extension of the small saphenous vein — report of two cases and review of the literature. Hippokratia, 2015.
- Caggiati A., Bergan J.J., Gloviczki P. et al. — Nomenclature of the veins of the lower limbs: an international interdisciplinary consensus statement. Journal of Vascular Surgery, 2002 ; 36 : 416-422 ; mise à jour en 2005 ; 41 : 719-724.
- Quantitative Imaging in Medicine and Surgery, 2026 — Xie et al., étude écho-Doppler de 238 membres : fréquence, types de terminaison et reflux de la veine de Giacomini.
- De Maeseneer M.G., Kakkos S.K., Aherne T. et al. — European Society for Vascular Surgery (ESVS) 2022 Clinical Practice Guidelines on the Management of Chronic Venous Disease of the Lower Limbs. European Journal of Vascular and Endovascular Surgery, 2022 ; 63 : 184-267.
- Cavezzi A., Labropoulos N., Partsch H. et al. — Duplex ultrasound investigation of the veins in chronic venous disease of the lower limbs — UIP consensus document. Part II. Anatomy. European Journal of Vascular and Endovascular Surgery, 2006 ; 31 : 288-299.
- Delis K.T., Knaggs A.L., Khodabakhsh P. — Prevalence, anatomic patterns, valvular competence, and clinical significance of the Giacomini vein. Journal of Vascular Surgery, 2004 ; 40(6) : 1174-1183.
- Diagnostic and Interventional Radiology, 2014 — Atasoy M.M. et al., ablation endoveineuse ciblée de la veine de Giacomini incontinente selon le type de reflux (17 membres).
- Park S.W. et al. — Early results of endovenous ablation with a 980-nm diode laser for an incompetent vein of Giacomini. Korean Journal of Radiology, 2011 ; 12(4) : 481-486.
- Phlebology, 2014 ; 29 : 511-516 — Guzelmansur I. et al., traitement endoveineux (laser) et sclérothérapie à la mousse de la veine de Giacomini incontinente.
- Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications de l'écho-Doppler veineux.
Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant de l'écho-Doppler complet et de l'examen clinique peut juger de la conduite à tenir.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 27 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 27 septembre 2026 à 20 h 33.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)