Halcura Articles · Imagerie ORL

Fossette de Rosenmüller : le recoin du rhinopharynx que le radiologue examine toujours

Article rédigé le26 septembre 2026

Révisé et mis à jour le26 septembre 2026 à 12 h 17

Fossette de Rosenmüller Rhinopharynx · Cavum IRM Niveau : patient
Sur cette page
  1. Un recoin derrière la trompe d'Eustache
  2. Une asymétrie, le plus souvent banale
  3. Pourquoi le radiologue la regarde de près
  4. Ce que l'IRM sait distinguer
  5. Et ensuite ?
  6. Références

Dans le compte rendu d'un scanner ou d'une IRM du cou, une phrase peut surprendre : « fossette de Rosenmüller comblée », ou « asymétrie des fossettes de Rosenmüller ». Derrière ce nom d'anatomiste se cache un minuscule recoin de l'arrière-nez. Le plus souvent, ce que le radiologue y voit est banal. Mais c'est aussi là que naît, le plus souvent, un cancer rare — un peu moins rare au Maghreb qu'en Europe : le carcinome du nasopharynx.

Un recoin derrière la trompe d'Eustache

Où elle se trouvele rhinopharynx, ou cavum, est la partie la plus haute du pharynx : il se situe derrière les fosses nasales, juste sous la base du crâne. Sur chacune de ses parois latérales s'ouvre la trompe d'Eustache, le petit canal qui relie l'arrière-nez à l'oreille moyenne, entouré d'un relief cartilagineux appelé torus tubarius. Juste en arrière de ce relief, la muqueuse s'enfonce en un cul-de-sac : c'est la fossette de Rosenmüller, que les anatomistes appellent aussi récessus pharyngé latéral1.

Une profondeur très variabledans une étude portant sur 500 patients examinés en tomographie volumique, elle mesurait en moyenne 12,8 mm de profondeur, avec des extrêmes allant de 4,8 à 25,9 mm — d'une personne à l'autre, l'anatomie varie beaucoup2.

Un voisinage stratégiqueen dehors, l'espace parapharyngé, un couloir graisseux ; en arrière, les muscles longs de la tête, posés sur la colonne cervicale ; au-dessus, la base du crâne ; non loin de son fond, l'artère carotide interne. Ses premiers relais lymphatiques sont les ganglions rétropharyngés latéraux, dits ganglions de Rouvière. C'est ce voisinage qui explique pourquoi cette petite région est examinée avec autant de soin.

RHINOPHARYNX — COUPE AXIALE SCHÉMATIQUE, VUE DU DESSUS ▲ AVANT · FOSSES NASALES air du rhinopharynx muscles longs de la tête ▼ ARRIÈRE · COLONNE CERVICALE Fossette de Rosenmüller Espace parapharyngé Artère carotide interne Ganglion de Rouvière Orifice de la trompe d'Eustache Torus tubarius
Figure 1. Le rhinopharynx vu en coupe, comme sur un scanner ou une IRM. De chaque côté, l'orifice de la trompe d'Eustache, bordé du relief du torus tubarius (en ambre), puis, juste derrière, le cul-de-sac de la fossette de Rosenmüller (en turquoise). Les deux côtés sont normalement comparables : c'est cette comparaison que fait le radiologue. Schéma de principe, non issu d'une image réelle.
Qui était Rosenmüller ? Johann Christian Rosenmüller (1771–1820), médecin et anatomiste allemand, a laissé son nom à plusieurs structures du corps humain. Il est aussi connu des paléontologues : c'est lui qui a décrit l'ours des cavernes1.

Une asymétrie, le plus souvent banale

Deux fossettes rarement jumelleschez une personne en bonne santé, les deux fossettes ne sont pas toujours identiques. Dans une étude de 220 patients sans aucune plainte du rhinopharynx, examinés au scanner, elles étaient asymétriques dans 17,8 % des cas3.

Plusieurs raisons, sans aucune gravité, expliquent qu'une fossette paraisse « comblée » ou que les deux côtés diffèrent4 :

  • Du mucus retenu dans le cul-de-sac, qui remplit l'espace normalement occupé par l'air.
  • De petits kystes de rétention de la muqueuse, parfois des deux côtés.
  • Du tissu lymphoïde — les végétations adénoïdes chez l'enfant et l'adulte jeune, une hyperplasie lymphoïde bénigne à tout âge — qui peut être réparti de façon inégale.
  • Une fossette simplement fermée, ses parois accolées d'un côté alors qu'elle est ouverte et aérée de l'autre.

Les mots du compte rendu — « comblement », « effacement », « asymétrie » — décrivent une forme, pas une nature. Ils disent ce que l'image montre, pas ce qu'est le tissu.

Pourquoi le radiologue la regarde de près

Le point de départ d'un cancer rarela fossette de Rosenmüller est le site d'origine le plus fréquent du carcinome du nasopharynx, qu'on appelle aussi cancer du cavum. Dans une série de 189 cancers du nasopharynx de petite taille (stade T1), la fossette était atteinte dans 83 % des cas4.

17,8 %

de personnes sans plainte ORL ont des fossettes asymétriques au scanner3

83 %

des petits cancers du nasopharynx touchent la fossette4

666

nouveaux cas estimés chaque année au Maroc6

Rare dans le monde, moins rare au Maghrebce cancer représente environ 120 000 nouveaux cas par an dans le monde, soit 1,3 cas pour 100 000 habitants, et 81 % d'entre eux surviennent en Asie6. L'Afrique du Nord est une région d'incidence intermédiaire : les estimations du Centre international de recherche sur le cancer font état de 666 nouveaux cas par an au Maroc6. Dans le nord de la Tunisie, le registre des cancers a relevé, entre 1994 et 2006, un taux de 3,6 cas pour 100 000 hommes et 1,6 pour 100 000 femmes, avec deux pics d'âge : l'un vers 15–20 ans, l'autre vers 50 ans7. Cette particularité explique qu'au Maghreb, ce diagnostic concerne aussi des adolescents et des adultes jeunes.

Un lien avec un virus très courantla forme la plus fréquente, dite non kératinisante, est associée au virus d'Epstein-Barr — le virus de la mononucléose, que la grande majorité des adultes a rencontré sans conséquence8.

Les signes qui font examiner le cavumun ganglion du cou qui augmente de volume, présent chez environ trois patients sur quatre au diagnostic ; une gêne de l'oreille, souvent une otite séromuqueuse, car l'orifice de la trompe d'Eustache est juste devant la fossette ; une obstruction du nez ou des saignements ; plus rarement, l'atteinte d'un nerf du crâne, qui peut se traduire par une vision double ou un engourdissement du visage8.

Un signe classique chez l'adulte

Une otite séromuqueuse — une oreille bouchée avec du liquide derrière le tympan — qui touche un seul côté, chez un adulte, sans rhume ni autre cause évidente, justifie un examen du rhinopharynx par un médecin ORL.

Ce que l'IRM sait distinguer

L'examen de référencepour cette région, l'IRM est l'examen le plus informatif : elle montre la muqueuse, mais aussi ce qui se passe en profondeur, dans la base du crâne et le long des nerfs. Le scanner reste utile, et la TEP-TDM sert au bilan d'extension lorsqu'un cancer est confirmé8.

Plus sensible que l'endoscopie seuledans une étude menée à Hong Kong sur 246 patients, l'IRM a détecté tous les cancers du nasopharynx (sensibilité de 100 %, spécificité de 93 %), contre 90 % pour l'examen endoscopique seul. Elle a notamment repéré des tumeurs cachées sous une muqueuse d'aspect normal5.

La même équipe a décrit les signes qui séparent le mieux un tissu lymphoïde bénin d'un cancer débutant4 :

Signe à l'IRMPlutôt tissu béninFait approfondir
SymétrieSymétrique, ou légère asymétrieAsymétrie marquée — un côté plus grand d'environ un tiers
ArchitectureAspect strié : fines cloisons régulièresStries effacées ou déformées
Ligne muqueuse profondeContinueInterrompue par endroits
ProfondeurReste en surfaceAtteint l'espace parapharyngé, la base du crâne ou suit un nerf
GanglionsD'aspect normalGanglions rétropharyngés ou cervicaux anormaux
PAROI POSTÉRIEURE DU RHINOPHARYNX — DEUX ASPECTS À L'IRM Tissu lymphoïde bénin Aspect qui fait approfondir air air symétrique · aspect strié ligne profonde continue asymétrique · stries effacées ligne interrompue · extension profonde en turquoise : la ligne muqueuse profonde
Figure 2. À gauche, un tissu lymphoïde bénin : réparti de façon régulière, parcouru de fines cloisons qui lui donnent un aspect strié, posé sur une ligne profonde continue. À droite, les signes qui font demander un examen ORL : épaississement d'un seul côté, stries effacées, ligne profonde interrompue, extension vers la profondeur. Schéma de principe, non issu d'une image réelle.
Aucun signe n'est absolu Dans l'étude de référence, un critère fondé sur la seule asymétrie laissait passer 11,6 % des petits cancers, notamment les formes diffuses ou centrales4. C'est pourquoi le radiologue croise plusieurs signes, et pourquoi le dernier mot revient à l'examen ORL et, si besoin, à la biopsie.

Et ensuite ?

  1. Une asymétrie isolée, d'aspect banal. Lorsque l'image évoque du mucus, un kyste ou du tissu lymphoïde, sans aucun symptôme, le radiologue le précise ; la suite dépend du contexte, que connaît votre médecin, et se limite souvent à une surveillance ou à un simple avis.
  2. Un comblement inhabituel, ou des symptômes évocateurs. Un médecin ORL examine le rhinopharynx par nasofibroscopie — une fine caméra souple passée par le nez, sous anesthésie locale — et prélève toute zone suspecte. Seul l'examen au microscope permet d'affirmer ou d'écarter un cancer5.
  3. Si un cancer est confirmé. Le bilan associe IRM, TEP-TDM et dosage de l'ADN du virus d'Epstein-Barr dans le sang, un marqueur utile au suivi. Le traitement repose sur la radiothérapie, associée ou non à une chimiothérapie selon le stade8.

Pourquoi un diagnostic précoce compteaux États-Unis, la survie relative à cinq ans atteint 86 % lorsque le cancer est localisé au rhinopharynx, contre 40 % lorsqu'il s'est étendu à distance9. C'est tout l'intérêt de l'attention que le radiologue porte à cette petite fossette.

Une fossette asymétrique est une question posée par l'image. Le plus souvent, la réponse est un tissu banal — et l'examen ORL sait la donner.

En une phrase
À retenir

La fossette de Rosenmüller est un cul-de-sac normal du rhinopharynx, situé juste derrière l'orifice de la trompe d'Eustache. Une asymétrie entre les deux côtés est fréquente et le plus souvent banale : mucus, kyste ou tissu lymphoïde. Le radiologue l'examine avec soin parce que c'est le point de départ habituel du carcinome du nasopharynx, un cancer rare mais un peu plus fréquent au Maghreb, qui touche aussi les sujets jeunes. En cas de doute, l'examen ORL avec biopsie tranche.

Références

  1. Amene C., Cosetti M., Ambekar S., Guthikonda B., Nanda A. — Johann Christian Rosenmüller (1771–1820): a historical perspective on the man behind the fossa. Journal of Neurological Surgery Part B: Skull Base, 2013 ; 74(4) : 187-193. Anatomie de la fossette et biographie de Rosenmüller.
  2. Kamburoğlu K., Sönmez G. — World Journal of Radiology, 2026 — mesure de la fossette de Rosenmüller en tomographie volumique à faisceau conique chez 500 patients : profondeur moyenne et variabilité.
  3. Ichimura K. — Jibi to Rinsho, 1990 ; 36(4) : 700-705 — asymétrie du rhinopharynx au scanner chez 220 patients sans pathologie rhinopharyngée.
  4. King A.D., Wong L.Y.S., Law B.K.H. et al. — MR Imaging Criteria for the Detection of Nasopharyngeal Carcinoma: Discrimination of Early-Stage Primary Tumors from Benign Hyperplasia. American Journal of Neuroradiology, 2018 ; 39(3) : 515-523. 189 cancers T1 comparés à 144 hyperplasies bénignes.
  5. King A.D., Vlantis A.C., Bhatia K.S. et al. — Primary nasopharyngeal carcinoma: diagnostic accuracy of MR imaging versus that of endoscopy and endoscopic biopsy. Radiology, 2011 ; 258(2) : 531-537.
  6. Centre international de recherche sur le cancer — GLOBOCAN, fiche « Nasopharynx » et fiche « Maroc ». Global Cancer Observatory.
  7. Ben Ayoub Hizem W. et al. — Registre du nord de la Tunisie, 2015 — incidence du carcinome du nasopharynx entre 1994 et 2006 : taux par sexe et distribution bimodale selon l'âge.
  8. National Cancer Institute — Nasopharyngeal Cancer Treatment (PDQ®), Health Professional Version. Histologie, signes révélateurs, bilan et principes du traitement.
  9. American Cancer Society — Survival Rates for Nasopharyngeal Cancer. Données SEER, diagnostics 2015–2021.
  10. Société Française de Radiologie — Guide du bon usage des examens d'imagerie médicale. Référentiel des indications d'imagerie ORL.

Cet article a un but pédagogique et ne constitue pas un diagnostic médical individuel ; seul le médecin disposant des images, de l'examen clinique et du dossier complet peut interpréter une asymétrie du rhinopharynx ou décider d'un examen ORL.
Rédigé par l'équipe éditoriale Halcura.
Validation médicale : Directeur de l'édition Halcura.
Article rédigé le 26 septembre 2026 · Révisé et mis à jour le 26 septembre 2026 à 12 h 17.
Signé : Dr Farid Aassouani (Édition Halcura)